Salivation

Littérature spiritueuse

 

La salive s’étire entre les rives de mes lèvres,

Mes papilles sont prises dans le ressac du vin,

Qui mugit dans ma bouche…

Salivation de désir,

Salivation d’impatience,

Salivation intertidale…

Mes papilles excitées par le sel

Sont happées

Par l’enroulement impétueux des vagues

Par la sève saline

Par l’inlassable balancier de l’écume

Lubrification marine

Dont l’aller-retour frissonnant

Est une émulsion salivante et désaltérante

Qui clame les scansions de la mer

Par l’étreinte d’un baiser vineux,

Vibrant et iodé !

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Un vin sauvage…

Littérature spiritueuse

Dans le petit lexique du vin, on trouve cette définition du caractère « sauvage » d’un vin : « un vin au caractère indomptable, fougueux voire trop rustique que des tannins trop prononcés peuvent accentuer. » Cette définition  est extrêmement réductrice et à connotation négative…

Qu’est-ce qu’un vin sauvageon ?

Un vin à poil ? Un vin à la virilité plantigrade ou wisigothe ? Un vin à la fauvitude tannique et à l’expression grossière ? Un vin aux arômes bruts et à la puissance bramante ?

Un vin sauvage, ce serait donc l’émanation vineuse de Conan le musculeux barbare ou de Xena la bombasse guerrière en cuir ??

NDLR : Pour éviter tout malentendu, laissons immédiatement de côté la triste bestialité du vin, conséquence d’une déviance aromatique due à une mauvaise hygiène des chais favorisant le développement de levures indésirables, les Brettanomyces. Ces Bretts donnent au vin un goût âcre, d’excréments et de sueur animale, rappelant les odeurs d’écurie.

Les grandes syrahs rhodaniennes, les grands Bandols ou les vieux pinots noirs sont terriblement plus complexes dans leur sauvagerie animale : on y décèle des arômes de cuir, de venaison, de jus de viande, de sous-bois  (champignons, mousse et humus).  Ils ont en eu la sauvagerie dont nous parle si bien l’un de nos plus grands écrivains actuels, Pascal Quignard :

« Sauvage est un mot merveilleux. Peut-être le plus beau mot que je sache et dont le contenu est le plus riche. Sauvage ne veut pas dire féroce par rapport à ce qui est domestiqué, barbare par rapport à ce qui est civilisé, comme les lexicologues ont pris l’habitude de le définir. Le mot latin se décompose simplement : solus + vagus. À Rome est solivagus celui qui erre tout seul. Celui qui, aussitôt finie la saison des amours, décide de faire de sa solitude un territoire indérangeable.

Seule la sauvagerie cherche la paix, l’écart, la contemplation. Dans l’ordre arithmétique le sauvage constitue l’inquantifiable, ce qui ne suit ni la règle générale ni l’inclusion, ce qui fait exception : ce qui va seul est sans multiple. Cette soli-vagance délivre l’imprévisibilité – c’est-à-dire le temps en personne. Dans la sauvagerie, ce n’est pas la violence qui intimide, mais la surprise qui confond. C’est ce qui surgit sans qu’on s’y attende. C’est l’unique ruse de fond que connaisse la nature. Le sauvage devance l’idée même de “cause” dans l’extériorité. C’est l’explosion physique originaire qui se poursuit dans le sauvage. Les “Planètes” en grec signifiaient les “Errantes”. Les planètes sont comme les comètes du Jadis lancées du haut du ciel. Les éclairs dans le noir. Les attaques foudroyantes. Le sperme qui soudain jaillit “prend de court” le corps lui-même dans un instant extraordinaire de joie.

Les voluptés animales et humaines sont profondément solivagantes. Les “attacca” à l’origine étaient des stratagèmes de carnivores. Ne laisser aucun temps entre la menace et l’assaut. Le faucon tue par le simple choc qu’il provoque en piquant sur sa proie. Il mange vivant, dans le sang jaillissant, une proie assommée. Tel est sans doute le cœur féroce et pulsatile de la musique. C’est ainsi que les attacca devinrent les premières mesures bouleversantes sous les doigts des musiciens. Enfin ce sont les splendeurs des incipit des livres. »

En définitive, sauvage est sans doute l’un des plus beaux qualificatifs du vin : il caractérise un vin foudroyant, à l’attacca franche, à la tension jaillissante, à la volupté animale percutante, au fruité explosif qui condense les arômes des myrtilles des Vosges et des fraises des bois ! Un vin qui déploie une merveilleuse soli-vagance en bouche…

 

Une nouvelle pépite languedocienne…

Itinéraire capiteux

Avec le Clos de la Barthassade (Guillaume et Hélène Baron), l’esprit bourguignon souffle sur le vignoble d’Aniane…  Cette petite pépite viticole languedocienne est sans doute une future grande référence de demain (NB: le domaine a été désigné « révélation 2017 » par la Revue des Vins de France)!

Inspirés par leurs expériences professionnelles en Bourgogne (et pas chez n’importe qui, jugez-en par vous-même :  Sylvain Pataille à Marsannay, Dominique Derain à Saint-Aubin, domaine de La Pousse d’Or à Volnay), Guillaume et Hélène Baron ont réalisé leur première vendange en 2014.

Leur parcellaire de 9,25 ha cultivés en bio est constitué en totalité de vieilles vignes (30-40 ans) sur terrasses caillouteuses. Pour les cépages rouges : grenache noir, syrah, mourvèdre et cinsault répartis sur les communes de Montpeyroux et Jonquières. Pour les cépages blancs : roussanne et chenin cultivés sur la commune de Saint-Saturnin dont le terroir argilocalcaire est propice à l’expression d’une belle fraîcheur en blanc. A l’avenir, le domaine devrait d’ailleurs y expérimenter du chardonnay !

Le nom du domaine provient de cet îlot de vignes complantées en cinsault/mourvèdre/grenache de part et d’autre d’un chemin bordé d’oliviers et tirant son nom du bois qui se situe en contre-bas de l’îlot (en occitan, le bartàs signifie « buisson, broussaille »).

Les vignes sont cultivées en bio avec des doses de cuivre réduites au minimum, la taille est sévère, puis les vignes sont épamprées et soigneusement ébourgeonnées. Les raisins sont vinifiés de manière traditionnelle : levures indigènes, raisins partiellement ou totalement égrappées en fonction de la maturité des rafles, très peu de SO2 lors de la vinification, encuvage et décuvage par gravité, foulages et méthodes d’extraction très douces, durées de cuvaison entre 2,5 semaines et 3 semaines.

Le domaine a mis les moyens : une cuverie récente haut de gamme qui permet de réaliser des vinifications parcellaires dans des cuves inox thermorégulées, et un élevage dans des fûts/demi-muids produits par les meilleures tonnelleries artisanales du monde (Stockinger, François Frères etc). Les moyens sont clairement à la hauteur des ambitions du domaine.

 
Les raisins blancs sont vinifiés puis élevés en fûts et demi-muids après débourbage statique, à la bourguignonne. La durée d’élevage varie entre 12 et 15 mois sur les blancs et 12 à 24 mois sur les rouges. Globalement, le domaine utilise très peu de bois neuf et a également recours aux œufs béton de 7hl pour certaines cuvées.
Le domaine produit :
– 2 cuvées en AOC Terrasses du Larzac (« Les Gravettes » : 50% grenache/30% cinsault/20% syrah, et « Les Ouvrées » : syrah majoritaire/grenache/mourvèdre) ;
– 5 cuvées en IGP Pays de l’Hérault (dont deux blancs : un 100% cinsault blanc absolument bluffant, et la cuvée « les Cargadous » : chenin majoritaire/roussanne : plantage assuré à l’aveugle ! ).

Dégustation sur fûts du millésime 2016 :

Globalement l’ensemble des jus dégustés (grenache, cinsault, syrah, mourvèdre, chenin, roussanne) dégage immédiatement une réduction (liée à la difficulté de vinifier le millésime 2016 selon Guillaume Baron), mais qui (of course) préserve les jus et disparait rapidement à l’oxygénation.

Elle laisse alors éclater une bouche dense, un fruit charnu et gourmand, rehaussé d’un élevage bien intégré et porté par des tanins très fins. On est incontestablement face à une vinification technique, précise et très maîtrisée.

Focus sur deux cuvées du domaine :

  • IGP Pays de l’Hérault « Les Cargadous » 2015 : le nez dégage des senteurs de citron confit, de poire et de coing. La bouche pleine de richesse, s’illustre par de beaux arômes minéraux. Un vin équilibré, harmonieux, et ébouriffant !
  • AOC Terrasses du Larzac « Les Ouvrées » 2015 : le nez est très typé grenache (épice, fruits noirs), et le mourvèdre apporte une touche cacaotée. La bouche est friande, toute en rondeur, pleine, avec des notes de petits fruits rouges. Dieu que c’est bon et complexe!

Le Clos de la Barthassade réalise clairement des vins de haute voltige : on sent beaucoup de travail pour arriver à cette harmonie, cet équilibre et cette profondeur de fruit. Le style est tout en finesse : des vins infusés, peu extraits, avec beaucoup de fraîcheur. Un domaine à suivre de très près…

Le sentiment oenocéanique

Littérature spiritueuse

L’expression sentiment océanique apparaît pour la première fois dans une lettre de Romain Rolland adressée en 1927 à Sigmund Freud:

« Mais j’aurais aimé à vous voir faire l’analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (…) le fait simple et direct de la sensation de l’éternel (qui peut très bien n’être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique). »

La référence à « l’éternel » est évidemment une allusion à Spinoza, qui recommande de voir les choses « sous l’aspect de l’éternité », mais Romain Rolland lui préfère le terme d’ « océanique » !

Celui-ci rappelle davantage l’éveil spirituel où l’on trouve fréquemment la comparaison entre l’océan (l’univers) et la vague (l’individu) comme métaphore de la dilution de l’individu dans l’univers.

Le sentiment océanique est donc un sentiment d’appartenance au Grand Tout. Il se réalise dans une fusion avec celui-ci et dans une dépossession de l’individualité.

Point de béatitude naïve dans tout cela ! Il s’agit davantage d’un état de pleine conscience face à la beauté du monde qui nous éclate aux yeux…. un état où l’on devient totalement perméable aux fééries du visible.

Certains paysages viticoles sont incontestablement sources d’un sentiment océanique. Face à eux, prenez alors le temps de déguster un petit verre de vin (de paysage of course !)… et vous découvrirez alors le sentiment oenocéanique…

« Cette semaine, j’ai pris le temps de déguster quelques petits verres de vin en pleine conscience… (…) Ce qui est passionnant (…), ce sont les débuts, les tout premiers stades, lorsque l’on perçoit que notre vision du monde change sous l’effet de ce que l’on boit. Passionnant d’observer ce qui se passe alors dans nos esprits : apaisement et légère euphorie, recul et relativisation de nos soucis, réceptivité, sentiment d’amitié avec le monde et de fraternité avec les autres humains. (…) Capables de vivre des débuts d’ivresses sans alcool, des étourdissements subtils devant la vie, le monde, le soleil qui se lève ou qui se couche, l’océan, les montagnes, un soir d’été, un ciel d’hiver, la lune ou les étoiles… » (Christophe André)

Par ces mots, le très médiatique Christophe André évoque sans doute le sentiment oenocéanique, où le verre de vin devient un catalyseur d’émotions,  un activeur d’émerveillement au monde qui nous entoure.

Je terminerai par ces mots de Jean-Claude Pirotte qui font écho à tout cela : « le monde ne doit son existence qu’au regard qu’on lui porte »...

Quelques paysages viticoles … indéniablement oenocéaniques…

 

Les vignes d’or (Château-Châlon)

Vignes dans les lapilli (Lanzarote)

 Vignes, résineux et genêts au pied de l’Etna (Sicile)

Des vignes folles en Italie

L’amphithéâtre de vignes d’Irancy (Yonne)

Vignes coiffées d’un cèdre centenaire (Piémont, Italie)

Vignes vertigineuses du Douro (Portugal)

Vignes du Vinho Verde (Portugal)

« Celui qui, une fois, a aperçu, même momentanément et brièvement, ce qui fait la grandeur de l’âme humaine ne peut plus être heureux, s’il se permet d’être mesquin, égoïste, troublé par des accidents banals, plein d’appréhension de ce que l’avenir peut lui réserver. L’homme capable de grandeur ouvrira toutes grandes les fenêtres de son esprit, laissant les vents y souffler librement, de toutes les parties de l’univers. Il aura de lui-même, de la vie et de l’univers, une image aussi véridique que nos limites humaines le permettent ; prenant conscience de la petitesse de la vie humaine, il se rendra également compte que dans l’esprit de l’homme est concentré tout ce qui peut avoir une valeur dans l’univers connu de nous. Et il verra que celui dont l’esprit reflète le monde devient en un sens aussi grand que le monde. En se libérant des craintes qui obsèdent l’esclave des circonstances, il éprouvera une joie profonde et, à travers toutes les vicissitudes de sa vie sociale, il restera, au plus profond de lui-même, un homme heureux. »

Bertrand Russell, La Conquête du bonheur

 

 

Sottimano, Il Baccho del Barbaresco

Itinéraire capiteux

Au cœur des douces collines verdoyantes des Langhe se love un superbe domaine viticole : le domaine Sottimano (http://www.sottimano.it/) ! Il couvre 18 hectares, intégralement situés sur les trois communes principales de l’AOC Barbaresco (Neive, Treiso et Barbaresco). Les vins élaborés par ce domaine sont authentiques, sincères, et très délicats.

Amphithéâtre de vignes au lieu-dit Cotta (sols argilocalcaires)

Le plus grand soin est apporté à la vigne pour préserver l’écosystème (aucun intrant, pose de nichoirs pour les oiseaux, couvertures florale et enherbée entre les rangs de vignes) : les images parlent d’elles-mêmes !

Assemblée de pissenlits dans la vigne

Le domaine privilégie une vinification peu interventionniste : fermentations naturelles (levures indigènes), macérations longues (1 an sur lie pour compléter la fermentation malolactique), élevages de 14 à 24 mois en barriques bourguignonnes (peu de fûts neufs, environ 10%), pas de collage ni de filtration. L’ajout de soufre est limité au strict nécessaire lors de la mise en bouteille.

Verdict de dégustation :

  • Au nez, on est vite bercé par une danse d’arômes : des effluves d’épices, des brassées de roses et de pivoines, des notes de tabac, de cuir, de menthol et d’eucalyptus…
  • En bouche, les vins sont charnus, et se distinguent par une grande noblesse aromatique : notes de cerises, de compotées de fruits rouges, de violette, de réglisse et de myrtilles en fonction des cuvées.

Toutes les cuvées du domaine sont portées par un fruit sain et mûr, et possèdent ce toucher de bouche qui évoque assurément les vins féminins de certains terroirs de la Côte de Nuits, où finesse et intensité se conjuguent (ex: Chambolle-Musigny)…

En définitive, le domaine Sottimano offre une gamme de vins où fraîcheur, finesse, élégance et complexité sont au rendez-vous. Des cuvées légères et délicates comme les fleurs de pissenlits…

Anjou : feu !

La Loire comme vous ne l'avez jamais bue...

Il est des chefs d’œuvre vineux :

… cet Anjou blanc « A Françoise » signé Thibaud Boudignon en est un !

Thibaud Boudignon a commencé à vinifier en 2009 :  son style s’inspire des grands Saumurs blancs du domaine du Clos Rougeard ou du domaine Guiberteau avec des vins fermentés et élevés sous bois pendant 12 mois (il utilise des fûts du célèbre domaine Ramonet en Bourgogne). Les vignes encore jeunes (1990) expriment déjà toute la minéralité du sous-sol schisteux.

L’expression du chenin sur schiste avait déjà été portée aux sommets par Eric Morgat. Thibaud Boudignon l’a rejoint, dans une approche un peu moins démonstrative.  Ses vins sont ciselés, portés par une salinité salivante. En filigrane, la roche-mère (le schiste) est bien présente : elle s’exprime par des notes de pierre à fusil et de silex frotté. Le jus est vibrant, ébouriffant de pureté et de minéralité vivifiante, avec une allonge remarquable. On oscille entre droiture cristalline, pureté jaillissante, et tension foudroyante…

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Pureté, Pierre Soulages.

Au nez et en bouche, on est confronté à une explosion de coings frais et de poires juteuses, dans laquelle s’immisce un bouquet de fleurs blanches.  Une petite note toastée révèle un boisé discret.

Les vins de Thibaud Boudignon sont délicats, subtils, et percutants. Ils possèdent l’épure, la fulgurance et la musicalité d’un haïku :

« La musique du haïku est le contraire d’une musique guerrière… pas de trompettes, à peine un bruit d’éventail, plié, déplié, quelques syllabes extraordinairement libres et légères…

un coup d’éventail imperceptible qui aura produit une onde capable de se propager à l’infini. »  (Philippe Jaccottet)

Thibaud Boudignon nous livre incontestablement une onde vineuse capable de se propager à l’extrême caudalie… par là même, il a définitivement mis Anjou les grands blancs de Bourgogne  !

Évocations picturales au domaine Ponsot

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

Pousser les portes de la cave du domaine Ponsot, c’est en quelque sorte pénétrer dans les réserves d’un musée des beaux arts. La cave recèle bien des merveilles, en voici sept …dégustées in situ au cœur de la Grande Bourgogne…

(Commentaires de dégustation : Rémi L. et François R.)

1/ Clos Saint Denis 2001

Robe brique. Nez avec de fortes notes de fruits rouges à noyaux, très kirché. Quelques notes giboyeuses. Bouche sur la finesse, avec des tannins soyeux, mais des notes d’évolution marquées par rapport à son âge. Un grand vin qui entame son dernier coucher de soleil…

Coucher de soleil à Pourville, pleine mer. Claude MONET

2/ Morey Saint Denis 1er Cru 1999 « Alouettes »

Belle robe rubis. Premier nez très expressif, très épicé (poivré), évoquant la syrah. En bouche,le vin développe une longue finale sur le poivre et le tabac. Un vin très charmeur et stylé, mais probablement au sommet, à boire sans attendre. Il procure actuellement un plaisir immédiat, on se pâme devant lui… une pâmoison renversante, qui tend au basculement du verre et du regard…

Le buveur, Annibal CARRACHE

3/ Chambolle-Musigny 1er cru Charme 2000

Robe grenat qui commence à briquer. Quelques notes animales au premier nez qui s’estompent ensuite. Le vin s’ouvre sur des petits fruits rouges : fraise, framboise avec un côté très bonbon.

Premier nez très ouvert, frais, très sensuel, avec de beaux arômes de rose fanée. A l’aération, on décèle des notes délicates de tabac mais qui restent très discrètes. En bouche, le vin oscille entre des arômes de fleurs et de fruits compotés. La finale est longue, portée par une belle fraîcheur.

Un vin séduisant, aérien, gracieux et délicat comme la corolle du tutu de mousseline des danseuses de Degas…

La danseuse, Edgar DEGAS

4/ Montrachet 2011

Robe or. Nez expressif mêlant l’acacia, les fruits à noyaux et une légère touche miellée.

Bouche très structurée, cristalline et florale, explosive avec une finale interminablement saline. Une magnifique vision du Montrachet, encore un peu sur la retenue mais dévoilant un sublime potentiel.

Une fulgurance, un éclat lumineux…

Hans HARTUNG

5/ Corton 2009

Robe violine d’une densité incroyable. Premier nez viril, sur un fruit noir très mûr, évoquant le menthol, le cacao. Bouche extrêmement puissante : fruits noirs très mûrs (cassis), chocolat amer. Les tannins sont extrêmement puissants mais nobles : ils demanderont encore 10 ans pour s’intégrer pleinement. Un monstre vineux en devenir : un gant de fer dans une main de velours, qui deviendra probablement sublime d’ici 10 ans.

Bref, un vin de feu signant une réelle vibration chromatique…

Bouteilles rouges, Nicolas DE STAEL

6/ Morey Saint Denis 1er Cru Monts Luisants 2000

Belle couleur jaune or pâle aux reflets verts. Au nez, on sent immédiatement un vin à la personnalité singulière, avec un léger coté encaustique, des effluves de fougère, d’acacia et de tilleul. Ce vin possède à la fois une belle minéralité et une belle rondeur. En bouche, on retrouve une belle plénitude : richesse et gras portent ce vin sur une finale de belle longueur, avec une acidité totalement intégrée. Un vin qui brille de mille feux…

Lever de soleil, William TURNER

7/ Clos de la Roche Vieilles Vignes 1999 

Le premier nez est très concentré, encore sur les petits fruits noirs. Puis à l’aération, on sent le poivre du sichuan, la girofle, la cannelle, et un léger coté animal (jus de viande).
La bouche développe une très belle matière : c’est soyeux comme la caresse d’une rose fanée, avec des arômes de pivoine, et une finale sur le tabac et le pruneau. C’est puissant, dense, avec de la mâche, mais les tannins restent remarquables de finesse.
A l’extrême caudalie, on perçoit quelques notes épicées, très charmeuses.
Incontestablement un grand vin qui se révèle au fur et à mesure de la dégustation en se transformant dans le verre. Un vin qui frôle la perfection… un vin divin, une merveille de la création !

Chapelle Sixtine, MICHEL-ANGE

Pour les fêtes de fin d’année, le meilleur des mariages entre vin et mets, c’est l’adultère !

Actualité vineuse

 

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Le Christ et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien

Cette phrase n’est pas de moi, mais de Christian Millau, créateur du guide gastronomique éponyme, dans Le Petit Roman du Vin

A l’approche des fêtes de Noël, elle prend tout son sens ! Écoutons ce que nous confie cet amateur éclairé des plaisirs de la bonne chère :

« Le (bon) goût a besoin de normes. Le musicien a ses notes, le peintre ses tubes de couleur et l’amateur de la table veut entendre la petite musique qui résonne harmonieusement entre la texture d’un vin et celle d’un mets. Donc, il évitera les fausses notes et les unions malheureuses mais ne se privera pas pour autant d’expérimenter ces mariages originaux et même audacieux dont ne se privent ni les musiciens, ni les peintres ou les poètes.  Le seul garde-fou est le respect des saveurs. (…) la recherche d’un équilibre et d’une complémentarité.

(…) Mais ne sommes-nous pas assez grands pour ne pas vivre notre vie, librement, juste poussés par la curiosité, l’impulsion, l’envie d’expérimenter, de nous forger un goût par nous-mêmes, quitte à se casser le nez de temps en temps ? « .

Osez osez jeunes gens ! Vivez librement votre vie vineuse ! Soyez fougueux, curieux, et intrépides ! Tentez l’accord inédit et réussi pour les fêtes de Noël !

Associez le sandre de Loire et un Marsannay de René Bouvier, vos huîtres et un vin blanc de  Santorin, vos fromages à pâte persillée (roquefort and co) et un porto blanc Niepoort « 10 years old », une côte de bœuf maturée  et un vieux calvados, du gibier à poils ou à plumes et un majestueux Côte Rôtie de chez Guigal, du veau et un Bourgeuil de chez Yannick Amirault, votre Canard apicius au miel aux épices (copyright  Alain Senderens) et un vieux Banyuls de la Rectorie, un plat aux accents asiatiques et un Condrieu de Georges Vernay !

Bannissez sagement le foie gras en entrée ! Préférez-le en fin de repas accompagné d’un vieux porto, ou à défaut, d’un Madiran judicieusement sélectionné (NDLR : quelques pistes chez A. Brumont…). En effet, en début de repas, un liquoreux gâcherait la symphonie gustative de vos agapes…

Optez pour le vin blanc sur le fromage, il obtient incontestablement la palme de l’harmonie aromatique. Vendanges tardives d’Alsace ou Quarts de chaume de Loire et roquefort, vouvray demi-sec et camembert, sancerre et chèvre demi-sec, chignin et vieille tomme, condrieu et vacherin…

Vous ravirez alors vos invités… définitivement cocus malgré eux 😉

L’automne : entre coulées d’or et feuillages pourpres…

Itinéraire capiteux
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Les coteaux vermeils de la route des Grands Crus d’Alsace

« Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.

Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil ;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.

Déjà la Nymphe qui s’étonne,
Blanche de la nuque à l’orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne. »

L’automne, Théodore de Banville.

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Portrait « in wine » : Léon Mazzella (2/2)

Portraits "in wine"
Version 2

Crédit photo : Léon Mazzella

Suite et fin de l’interview de Léon Mazzella :

Pour vous, un grand livre est-il au-dessus d’un grand vin ?

Les deux ensembles, c’est bien, c’est mieux !

Quel vin faut-il boire en lisant le Rivage des Syrtes de Julien Gracq ?

Ce serait un vin austère. Julien Gracq (NDLR : Léon Mazzella l’a connu et rencontré à plusieurs reprises dans sa demeure de Saint-Florent-le-Viel sur les bords de Loire) cherchait les mots et mettait parfois des heures à trouver le mot juste. Son écriture est d’une austérité janséniste. Mais chez Julien Gracq, l’austérité est mise au service de l’image et de la métaphore. Il y a beaucoup de « comme », mais on ne les sent pas, ça passe, car il a cette volonté en écrivant de donner à voir, de montrer davantage que de démontrer. Ça c’est fort !

Je boirai donc soit un chenin, soit un viognier. Un condrieu « Les Chaillées de l’Enfer » de Georges Vernay par exemple pour des « Carnets du Grand Chenin » !

Selon vous, quel écrivain parle le mieux du vin ?  

Il n’y en a pas un. Ce sont des petits morceaux dans chaque œuvre. Jim Harrison parle bien de certains bourgognes et des grands bordeaux. Jean-Claude Pirotte bien sûr ! Pierre Veilletet ! Rabelais ça me gonfle…. Le vin et les jours d’Emile Peynaud, c’est fort aussi même si c’est un théoricien du vin qui parle.

Il n’y a pas d’ « écrivin » véritablement.  Il faut picorer dans tous les livres. Finalement, beaucoup en parlent par bribes.

Et puis, il y a aussi Jean-Paul Kauffmann, qui sait excellemment bien parler du vin. Le vin retrouvé, c’est un texte superbe ! (NDLR : il faut absolument lire l’anecdote sur la première rencontre de Léon Mazzella avec Jean-Paul Kauffmann dans Le Dictionnaire chic du vin). Tout est beau chez Kauffmann, y compris ses qualités humaines. C’est un des rares écrivains (avec Quignard et Baricco) pour lequel il m’est arrivé de relire immédiatement l’un de ses livres après l’avoir lu une première fois.

Et il y a aussi ce très beau texte du romancier japonais Kaiko Takeshi (Romanée Conti – 1935). La Romanée Conti, c’est une œuvre d’art. Le Romanée Conti force le respect !

Aimez-vous les BD sur le vin ?

C’est bien, c’est chouette et rigolo. Ce n’est pas ce qui me séduit le plus, mais je trouve cela très intéressant (ex : La Romanée Contée).

Dans Émilie, Gérard Oberlé écrit, « mon cœur est à la Bourgogne, mais ma gargoulette est volage ». A qui appartient votre cœur vineux ? Votre gargoulette est-elle volage ?

On a tous une femme-cépage à la maison, un grand cru, et des maîtresses vineuses. Le soyeux de la Syrah, c’est ce que je préfère. Où qu’elle se trouve, je la rejoins. Et puis, la curiosité me rend chien : j’aime plonger mon nez dans la verve inconnue, comme un korthals sa truffe dans la terre odoriférante. Question de « sentiment »…

Quel vin faut-il boire avant d’aller écouter le brame du cerf (la période est propice en ce mois d’octobre) ?

Un vin d’Alsace car j’y ai de grands souvenirs de l’écoute du brame.

Sinon je jouerai l’oxymore, un vin oxymorique, un vin d’une délicatesse absolue pour contrer le côté viril du brame. Un vin en dentelles… en pensant aux biches ! – Les flaveurs ineffables d’un Gevrey-Chambertin.

Quel est le vin que vous n’avez jamais bu et que vous rêveriez de boire ?

La Tâche, Richebourg. Ou alors un très grand vin blanc Allemand.

Pas un bordeaux, même si les grands bordeaux peuvent me mettre à genoux (Léon Mazzella évoque alors le souvenir ému d’un Léoville Las Cases 1961 et d’un Ducru-Beaucaillou 1970). Maintenant, mon palais est débordeauisé. J’en ai marre de ce côté rêche, un peu buvard, austère et ennuyeux chez les bordeaux.

Quel vin feriez-vous boire à votre pire ennemi ?

Aucun ! Na. Ou alors un Zinfandel de Californie, soit une tisane de bois bodybuildée, avec des arômes très éloignés du raisin.

Quel vin conseilleriez-vous à deux amoureux qui veulent se dire « je t’aime » ?

Une Côte Rôtie.

Un vin pour séduire une femme ?

Un Château Climens, 1er cru classé de Barsac.

Quel vin souhaiteriez-vous offrir à vos invités le jour de vos funérailles?

Comme je souhaite qu’un tiers de mes cendres soit dispersé sur l’île de Procida, c’est là-bas qu’on boira le vin blanc local au pichet et à volonté. C’est un vin de vie qui fait du bien.

Quel vin provoque chez vous un « vertige horizontal » (expression employée par Julien Gracq à propos des hauts plateaux de l’Aubrac, dans Carnets du grand chemin) ?

Une Côte Rôtie sans hésiter. Du côté d’Ampuis, la syrah est inégalable. Ni Blonde, ni Brune, une Côte Rôtie rousse peut-être ?

Pour vous, en résumé, qu’est-ce qu’un grand vin ?

Un grand vin, c’est un vin de circonstances. Il y a le partage, et les circonstances. Il y a aussi les vins de paysage.

J’ai par exemple souvenir de ce verre de Makila (un irouléguy orphelin, exagérément modeste, comme une piquette digne peut l’être) sur les cols d’Iraty pendant une chasse à la palombe. C’est une de mes premières rencontres avec le vin, j’ai seize ans. Toutes les circonstances sont là pour en faire un grand : les gens, le paysage, un vent à décorner les bœufs, l’attente des palombes. Un grand vin possède le goût des circonstances.

Dans le cadre des « Portraits in wine » que je réalise pour mon blog, qui me conseillez-vous de rencontrer après vous ?

Jean-Paul Kauffmann sans hésiter ! Aujourd’hui, c’est le Montaigne du vin. C’est un sage. Il saura parler de l’esprit du « sang de la vigne ».

Portrait « in wine » : Léon Mazzella (1/2)

Portraits "in wine"
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Crédit photo : Léon Mazzella

Léon Mazzella di Bosco est journaliste professionnel, éditeur, critique littéraire, professeur de presse écrite, écrivain (auteur notamment de l’enivrant  Dictionnaire chic du vin) et animateur du blog « littéraire et gourmand » Kally Vasco.

Interview réalisée le 24 septembre dernier à Paris,

autour d’un Chinon « La cuisine de ma mère » 2014  de Nicolas Grosbois :

D’où est né votre amour pour le vin ? Quel est l’évènement fondateur ?

J’ai 14 ans, j’habite à Bayonne et mon père me tend un verre de Vacqueyras d’un de ses copains vignerons, et me dit « goûte moi ça ! ». A cet âge, le vin m’est une vue de l’esprit. Je goûte ce vin qui m’est présenté et mon père me dit « hé oh vas-y mollo ». Et là, c’est un choc, le choc de la mourvèdre sans doute, alors que je suis devenu très syrah : c’est un choc organoleptique et sensoriel. Je découvre qu’un liquide ne fait pas que désaltérer, mais éveille mon cerveau. Dès cet instant, j’ai fait attention à chaque verre de vin qui s’est présenté à moi. Mon père a introduit avec tact une notion de respect par rapport à ce liquide qui n’est pas anodin quand on sait tout ce qu’il y a derrière….

Donc ce vacqueyras est ma madeleine vineuse, et Vacqueyras une de mes AOC préférées. J’ai tissé un vrai lien avec ce terroir.

Avez-vous fait de même avec vos enfants ?

Dès l’âge de deux ans, chaque verre de vin était présenté aux narines de mes deux enfants. Ils étaient invités à sentir, à ressentir et à s’exprimer… Ils ont donc appris à goûter le vin et non à le boire !

Qu’est-ce qu’il y a dans votre cave ? (Jean Carmet disait à Gérard Oberlé, avant de descendre dans sa cave,  « je vais dans ta bibliothèque »).

J’aime beaucoup cette phrase de Pierre Veilletet, mon premier rédacteur en chef : « La cave, c’est ce qui reste quand on a tout bu ».

Je n’ai pas de cave. Mon évier est le plus gâté de Paris, enfin de mon arrondissement, car je reçois à la maison pas mal de vins que je déguste pour les magazines. Le principe de la cave m’est assez étranger. Thésauriser pourquoi ? Je préfère avoir le plaisir fortuit de boire un vieux vin plutôt que de l’attendre (malgré mon amour pour l’attente).

Mais j’ai toujours chez moi des bulles et un blanc au frais (comme en ce moment un Rueda 2008 car c’est un vin qui vieillit très bien), et un rouge de Crozes-Hermitage qui traîne au cas où des amis rappliquent à l’improviste. Je privilégie les vins de copains, les petits vins sympas aux vins de frime.

L’humoriste américain W.C. Fields disait « je bois donc je suis ». Selon vous, faut-il boire pour parvenir à se connaître ?

Il faut voir…

Un de mes amis écrivain et journaliste, Christian Authier dit qu’ « il ne faut pas boire pour oublier, mais pour se souvenir ».

Il faut boire pour se souvenir et pour se « ressouvenir » ce qui est très important. On boit pour essayer de retrouver intacte une émotion, même si l’exercice est vain. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » disait Héraclite, c’est pareil pour le vin ou alors on boit des parfums, des Chanel n°5; à jamais fixés.

Le ressouvenir ouvre la voie au syndrome qui nous habite en permanence : la comparaison. Dès qu’on se lève le matin, immédiatement on compare. On compare tout.

Vous vous qualifiez de « mercenaire en cavale ».  En parlant d’adepte de la cavale, Jean-Claude Pirotte faisait l’éloge de l’ivresse et revendiquait ouvertement son statut d’ivrogne (« Quant à moi, je me félicite d’avoir bu énormément à certaines époques de mes existences. Employé de banque, traîne-savates ou avocat, qu’est-ce que je pouvais picoler ! (…) Je n’ai pas pour autant perdu ma réputation d’ivrogne, à laquelle je demeure très attaché. Personne n’a besoin de savoir que je rêve. Afin de donner le change, il m’arrive encore de m’enivrer en public, le plus scandaleusement possible ». Menue monnaie, JC Pirotte).

Jean-Claude Pirotte exprime la fragilité. Je l’ai rencontré quelques fois, il était tout le temps bourré, il était toujours entre deux vins. Ça ne se voyait plus. Il avait cette fragilité du vin (celle qui s’installe dès qu’on ouvre une bouteille), l’évanescence, l’éphémère. C’était quelqu’un de très touchant. Quand il évoque les vins de bourgogne dans son dernier livre paru à titre posthume (Le Silence), c’est très beau ! C’est du haïku en prose, c’est du haïku allongé. Pour moi, le haïku, c’est un escalier à trois marches qui mène vers l’infini. Pirotte c’est fort. Bref, Château Pirotte, j’achète !

Jean-Claude Pirotte, encore lui, écrivait « Je n’y peux rien, dès qu’il y a de la vigne dans le paysage, je m’arrête ». Faites-vous de même ?

Moi je fais gaffe, je ne m’arrête pas systématiquement car je souffre de voir trop de vignes avec des sols transformés en plancher, en moquette, où il n’y a pas de vie, pas d’insectes, plus d’oiseaux ! Y’a rien ! Ce sont des sols qui m’évoquent des rangées de militaires dans un passage en revue. Il y a trop de vignes aujourd’hui qui ne donnent pas envie de s’arrêter : j’ai mal à elles… 

En revanche, je m’arrête dès qu’il y a des vignes vivantes, des vignes folles. On retrouve Colette (Les vrilles de la vigne). Je me réjouis toujours d’entendre un vigneron vous dire : « regardez ce papillon, on le voyait plus, il est revenu ». Tous ces insectes, notamment les sauterelles, sont des marqueurs écologiques.

Pierre Veilletet écrit cette très belle phrase dans Le vin, leçon de choses, « Certains paysages tendent à l’épopée, d’autres appellent l’élégie. Le vignoble est haïku. » Quel paysage viticole vous émeut le plus ?

J’aime les vignobles qui regardent la mer. Il y en a trois :

  • Des vignes rarissimes, d’une grande humilité qui poussent sur « ma » petite île de Procida (4 km²) dans la baie de Naples. C’est l’île du citron et du vin blanc, simple et humble, servi au pichet à 5 euros le litre. C’est friand, ça sent bon la pêche et le citron. Ces vignes méditerranéennes n’ont jamais subi le moindre intrant depuis Virgile, donc elles sont folles…. A la va-là comme je te pousse. Quand je les vois, j’ai l’impression d’être dans l’Antiquité, chez Noé.
  • En Andalousie, le vignoble atlantique de Sanlucar de Barrameda, qui produit la manzanilla.
  • Le vignoble de txakoli, enfin, un vin blanc sec, un peu perlant, un peu vert, qui naît près de San Sébastian. Les vignes sont à flanc de coteau devant l’océan. Ça respire la force basque, le vin canaille. Ces vignes ont un côté sauvage, un côté paimpolesque aussi, comme si elles attendaient quelque chose, un retour. Elles sont frappées par les éléments du large. Ce sont des vignes de prés salés.

Quelles sont les personnes qui ont été décisives dans votre perception du vin ?  

Mon père.

Émile Peynaud, œnologue qui avait un discours d’une simplicité inouïe. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises et une fois, il m’avait d’ailleurs gentiment ouvert un Château Margaux… Il m’a ébloui par son discours simple, et par sa vraie grande sagesse. C’était le sage qui parlait du vin.

J’ai aussi aimé Denis Dubourdieu, mais il était trop chimiste pour moi.

Jean-Claude Berrouet, œnologue, qui a vinifié 40 millésimes à Pétrus. C’est désormais son fils qui y officie comme maître de chai à Pétrus. Il m’a frappé par son discours sur le merlot.

Vous évoquez dans votre Dictionnaire chic du vin, certains critiques, journalistes et autres professionnels de la profession chez lesquels le pédantisme, le snobisme et le jargon l’emportent souvent sur le plaisir. (« Certains parlent du vin comme ils parleraient d’acide chlorhydrique ou comme un universitaire faisant l’appareil critique d’une Pléiade. Je plaide plutôt pour le langage du sens et des sens. »)

Les dégustateurs m’emmerdent, ce sont des robocops de l’analyse, qui oublient en effet la dimension du plaisir. Ils sont dans le froid. Ils font du vin un produit pète-sec, sérieux (NDLR : je vous renvoie d’ailleurs au Dictionnaire chic du vin, où Léon Mazzella évoque dans le chapitre « sexe » une anecdote croustillante lors d’une dégustation à Margaux au Château Lascombes où ça sentait « le sexe de femme en sueur… »). Il faut être spontané, dire ce que l’on ressent. Il ne faut pas avoir peur : un dégustateur néophyte est souvent plus près de la vérité que le dégustateur pontifiant et jargonneux qui parle de pierre à fusil ou de selle de cheval. Il faut parler avec sa sensibilité, son cœur, ses tripes. Quand on parle du vin, le langage amoureux n’est pas loin. Il faut relire Omar Khayyam et Abû Nuwâs !

A suivre…

Un vin de contemplation

La Loire comme vous ne l'avez jamais bue...

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Les Aiguilles de Port Coton (Belle-Ile), c’est un peu la baie d’Along de la Bretagne. Paysage sublime, qui a inspiré les peintres impressionnistes, c’est ici que l’océan vient chaque jour goûter à la saveur la plus occidentale de l’Ancien Monde. Il y bave de toute son écume dans un chaos de vagues assourdissant, d’où émergent des dents de schistes noirs aux allures diaboliques.

En fin de journée, le spectacle est grandiose lorsque le soleil vient se noyer dans la mer.

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Les deux soleils de Port Coton

Pour rendre hommage au soleil disparu en mer, il convient alors de le faire briller dans le verre ! Et quoi de mieux qu’un vin blanc issu d’un terroir de schistes pour rendre hommage à ce paysage marin… , en ces termes si poétiques…

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Clos de l’ELU, IGP Val de Loire, cuvée Désirade, 100% sauvignon passé en fût. Un vin au boisé discret, rond. Une bombe de fruits jaunes (on dirait presque du chenin) !

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Le vin d’une vie ?

Actualité vineuse

En lisant cette sympathique bande dessinée vineuse (comme il en sort de plus en plus ces derniers temps) intitulée « Un Grand Bourgogne Oublié », – qui fait d’ailleurs la part belle à un formidable et attachant vigneron du Mâconnais (Emmanuel Guillot du domaine Guillot-Broux, pionnier du bio !) – je me disais que nous avons effectivement tous en nous un vin qui nous parle plus que les autres… et qui a définitivement une place à part dans notre panthéon vineux …

Red Wine glass and Bottle

Un vin qui nous colle une chair de poule incurable, qui nous berce d’émotions inégalées ! Un vin qui fait écho à ces phrases célèbres :

« A l’instant même où la gorgée (…) toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? »

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913.

En ouvrant une bouteille de ce vin, ce sont soudainement les portes du paradis qui s’ouvrent. En finissant la bouteille, il redevient une quête infinie, une obsession… Bref, il vous hantera toute votre vie « pinardière »…

Pour ma part, c’est un Grand Cru de Chambertin… un Charmes (il porte bien son nom !)… et pour vous, qui est-il ?