Le goût du jaune comme un parfum de rentrée scolaire…

Littérature spiritueuse

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« Savagnin, ce nom seul avec ses échos incongrus de « savane », ou de latin, ce savagnum qui signifierait sauvage » écrivait le poète Jean-Claude Pirotte (Les contes bleus du Vin).

Le savagnin est un cépage mystérieux qui mûrit en silence pendant au minimum 6 ans et 3 mois dans les fûts jurassiens, comme assoupi dans une secrète solitude, dans une léthargie alchimique. La porosité du bois provoque la disparition d’environ 40 % du volume de vin initial, ce qui fait le bonheur des séraphins « cavicoles » (c’est la célèbre part des anges…).

Le jour de la percée, le vin sortira de sa torpeur, s’extraira de cette gangue formée par le voile protecteur des Saccharomyces. L’or jaune jaillira du fût et remplira les verres impatients de cet « énigmatique goût de jaune (…) cette couleur qui est saveur et cette saveur qui est éclat » (ibid).

Le vin jaune est incontestablement LE vin qui bouscule les repères gustatifs, qui vous surprend par ses arômes oxydatifs, une terra incognita pour le dégustateur néophyte. Ses saveurs ne s’oublient pas : celle du pain chaud, du lait tiède à la ferme, des senteurs de noix, de cuir neuf qui rappelle les cartables d’enfance tout nouvellement acquis pour la rentrée scolaire.

L’automne est là, sans attendre la Percée des Vins Jaunes, servez-vous un verre de Château Chalon 2008. La queue de paon de ce vin si élégant et si puissant, s’épanouira à merveille sur une tranche de comté… de quoi adoucir la rentrée ! Ainsi, vous donnerez corps à ces mots de Pirotte : « décidément la vie mérite d’être vécue, puisqu’elle a, quelquefois, le goût de jaune ! »

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« La seule idée que nous ayons de l’infini (« tout ce qu’on appelle infini m’échappe » disait Rousseau), c’est sa figuration algébrique, le huit renversé comme un sablier qui ne mesure plus le temps. Que l’on débouche un clavelin de château-chalon plus que centenaire, que lentement on verse dans la carafe l’or liquide, sans jamais en épuiser les parfums (les insondables parfums, dirait le pédant que je suis un peu), et que se répande dans la chambre doucement durant des heures d’attente le mystère odorant de ce miel qu’aucun souffle n’évapore, on est saisi par le sentiment de percevoir un miracle, non pas celui d’une jeunesse incongrue, ni d’une étrange longévité, mais bien d’une espèce de permanence ou d’entêtement d’un réel impalpable, et c’est comme si, d’une boucle à l’autre de l’oméga, on venait de transvaser l’infini.


(…) Dans la lumière de la carafe, l’avenir et le passé se rejoignent et s’épousent, dans un présent qui détient le secret jamais résolu des vérités légendaires. Le vin jaune est un mythe sans cesse renaissant, le seul peut-être qui procède encore d’une réalité supérieure et décline une fiction, un songe, plus réels que le réel.  »

Jean-Claude Pirotte (Expédition nocturne autour de ma cave)

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