Le domaine de la Romanée-Conti : un domaine à l’esprit cistercien !

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

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Goûtez aux vins du domaine de la Romanée-Conti (DRC), c’est accéder au mythe, au Graal, au terroir béni des dieux vineux, aux vins des superlatifs, voire même aux vins orgasmiques! Souvenez-vous de ce qu’écrit Roahl Dahl dans Mon Oncle Oswald :

« Sense for me this perfume! Breathe this bouquet! Taste it! Drink it! But never try to describe it! To drink Romanée-Conti is equivalent to experiencing an orgasm at once in the mouth and in the nose ! »

Le génie de ces vins, c’est qu’ils parviennent à faire cohabiter deux principes contradictoires : la puissance et la finesse, la force et la délicatesse. Ils ont aussi une pureté d’expression et un supplément d’âme que peu de vins peuvent se prévaloir. Ils ont même une puissance poétique qui fait écho aux vers de Charles Baudelaire dans L’invitation au voyage:

« Là tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté ».

Dans Ciels changeants, menaces d’orages, Elisabeth Motsch compare l’atmosphère qui règne au domaine de la Romanée-Conti à celle d’un monastère clunisien :

« L’esprit qui y règne à quelque chose de monacal. Tout au domaine respire l’austérité. Les folies d’un soir, les plaisirs hédoniques, cela se passe ailleurs, loin. On fait là du vin comme s’il devait servir pour une grand-messe, comme une offrande divine. (…) Aubert de Villaine (cogérant du DRC) veille à la destinée du domaine comme le ferait pour sa communauté un grand prieur clunisien… »

Dans le dernier numéro de la Revue du Vin de France (février 2015), le géographe Jean-Robert Pitte écrit à propos des vins du DRC : « Leur élégance se révèle avec le temps et exige de ceux qui les dégustent une disponibilité et un silence intérieur qui sont les conditions d’une perception de leur finesse et de leur complexité ».

Il y a visiblement une mystique dans les vins de la DRC. Une mystique qui me paraît cependant plus cistercienne que clunisienne…

Alors en quoi les vins de la DRC sont-ils plutôt des « vins cisterciens », eux qui sont pourtant au départ le fruit du travail des moines clunisiens (vous savez, ces ennemis jurés des moines cisterciens, qui voyaient en eux des moines vivant dans une opulence incompatible avec les règles bénédictines) du Prieuré de Saint-Vivant ?

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La croix de la Romanée-Conti (XIVème siècle)

J’y vois au moins cinq raisons par analogie avec les préceptes de l’Ordre cistercien :

1/ La filiation

– L’Ordre cistercien fondé en 1098 à Cîteaux par Robert de Molesmes souhaitait revenir aux fondements de la règle bénédictine (modération, gravité, silence, austérité etc) écrite au VIème siècle par Saint-Benoît, patriarche des moines occidentaux. Il s’est donc construit en opposition à l’abbaye de Cluny, en voulant renouer avec une ascèse que les moines clunisiens avaient perdue de vue. Cruce et aratro (la croix et la charrue) seront les emblèmes des moines cisterciens. Forgé au sein de l’abbaye mère de Cîteaux, l’Ordre cistercien donna d’abord naissance à 4 abbayes filles, puis essaima à travers l’Europe via des centaines d’autres abbayes.

– Le DRC revendique aussi l’héritage du passé : fruit de 1500 ans d’histoire (les vignes ont été plantées après 1131, suite à la cession de terres par le duc de Bourgogne Hugues II aux moines du prieuré de Saint-Vivant), notamment à travers la sélection et la multiplication du pinot noir très fin hérité de l’ancienne Romanée-Conti, patrimoine génétique incomparable dont la finesse et la diversité conditionnent la pureté d’expression des vins produits. Comme le dit Aubert de Villaine, cogérant du DRC : « La fidélité, cela veut dire le respect de ce trésor qui nous a été transmis et dont nous sommes responsables. ».

2/ La simplicité

– Les moines cisterciens recherchent une relation simple avec Dieu. Rien ne doit les distraire de la prière. Le superflu n’a aucune part. C’est pourquoi les cisterciens sont souvent considérés comme les moines les plus austères. Cela se manifeste par l’absence de couleurs (dans les vitraux de leurs abbayes, translucides et sans images, jusque dans leur robe blanche, couleur naturelle du tissu) et par le refus de la stylisation de leurs abbayes (chapiteaux peu sculptés et dépourvus d’éléments figuratifs). Bref, avec eux, c’est le règne de l’épure, du dénuement !

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Vitraux de Pierre Soulages, abbaye cistercienne de Conques

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Abbaye cistercienne de Pontigny

– Lorsqu’on fait le voyage à Vosne-Romanée, on est immédiatement saisi par la simplicité de ce petit village. Au cœur de Vosne, le domaine de la Romanée-Conti semble concentrer sa modestie dans une sorte d’effacement: aucun panneau signalétique, rien de tape-à-l’œil dans les grilles du domaine. Voici d’ailleurs ce qu’en dit le célèbre écrivain Philippe Claudel :

« Ce qui frappe ici, et ce que j’aime, peut-être par-dessus tout, c’est que le spectaculaire n’est pas de mise. Il n’a pas sa place. On est d’emblée dans un autre jeu. Sans doute plus dépouillé, d’une grande discrétion, mais qui travaille en profondeur et dans le sérieux affiné des grandes causes. »

Le DRC est un mythe fait de simplicité et d’humilité à l’image de son gérant Aubert de Villaine :

« La vinification devra être la plus simple possible, mais à l’écoute du millésime dans ses détails. Le vigneron ne devra en aucun cas y apporter sa marque si ce n’est celle de sa méticulosité et de son respect. Mais rien n’est plus difficile que la simplicité, elle suppose que les raisins soient parfaits au départ ».

Jean-Robert Pitte le rappelle dans le dernier numéro de la Revue du Vin de France (février 2015) : « Les vins du DRC ne sont jamais dans l’exhibition. Là encore, c’est l’esprit de la proche abbaye de Cîteaux qui prévaut ».

Cette simplicité, on la retrouve enfin sur l’étiquette des bouteilles du domaine : une étiquette sobre à la blancheur cistercienne 😉

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3/ L’exigence

– La règle de vie des moines cisterciens est ascétique et par là-même, elle est très exigeante. Elle tourne autour de trois pôles :  la prière, le travail et la lecture. Ora et labora (Prie et travaille), telle est leur devise !

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– De la vigne à la cave, tous les acteurs du DRC ont cette obsession de la perfection et s’imposent donc aussi de grandes exigences.

« La qualité de l’équipe d’hommes et de femmes auxquels est confié le travail et dont les mots clés sont : rigueur, souci du détail, maîtrise des pratiques, minutie, patience et peut-être avant tout humilité. » (Aubert de Villaine)

4/ Le respect du terroir

– Le travail manuel est indissociable de l’activité des moines cisterciens (leur devise Ora et labora renvoie au travail de la terre). Conformément à la Règle de Saint-Benoît, les moines s’attellent à la mise en valeur directe de la terre pour vivre du travail de leurs mains. C’est ainsi que l’abbaye de Cîteaux acquiert des vignes dès 1098 et s’attache ensuite à l’exploitation et au développement du vignoble de la Côte de Nuits. En effet, sans compter les besoins en vin pour la célébration de l’Eucharistie, la Règle impose aux moines de boire du vin chaque jour à table avec modération.

La légende dit même que les moines cisterciens goûtaient la terre pour classer les terroirs. Ils furent ainsi les premiers à détecter l’extraordinaire diversité des terroirs bourguignons, qui produisent, suivant leur exposition et le substrat géologique, des vins différents les uns des autres et possédant chacun une identité propre. Les moines cisterciens ont donc développé une véritable philosophie du terroir, à l’origine de la délimitation des célèbres climats de bourgogne.

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– Au domaine de la Romanée Conti, le respect de la terre est aussi primordial. Il passe notamment par une approche biodynamique dans le travail des sols, comme le souligne Aubert de Villaine :

« Nous avons découvert que ce n’était pas la plante seulement qu’il fallait soigner et entretenir mais aussi et d’abord le sol. »

« Le sol d’un terroir est extrêmement complexe et fort à la fois, fragile et rempli de vie. C’est une somme d’êtres vivants. Avec des pesticides, on peut annihiler tout. »

« Le respect des sols et l’écoute de conditions naturelles qui sont un patrimoine précieux, mais fragile, et dont l’équilibre seul permet d’exprimer le talent. Un « climat » est un être vivant doué d’une dynamique admirablement précise, qu’il faut respecter et préserver dans un esprit de grande modestie. »

Il en résulte des vins ciselés, véritables âmes de leur terroir, dont la qualité se cherche dans la finesse, et dont la finesse s’épanouit dans une incroyable complexité.

5/ L’apostolat / la transmission

– Selon Benoît XII (Constitution Benedectina 1335), le Saint Ordre cistercien est « brillant comme l’étoile du matin dans un ciel chargé de nuages. » Une étoile qui a servi de référence pour de nombreuses communautés monastiques. L’apostolat des moines s’est d’ailleurs manifesté par le considérable essaimage de l’abbaye de  Cîteaux.

– Le DRC, par sa renommée internationale et la qualité incomparable de ses vins, brille dans le ciel bourguignon. C’est en quelque sorte l’étendard des vins de Bourgogne. Tous les vignerons de Bourgogne reconnaissent le DRC, comme étant un peu « l‘étoile du berger » (Ciels changeants, menaces d’orages, Elisabeth Motsch).  Voici d’ailleurs ce qu’en dit Pierre Morey, illustre vigneron de Meursault : « Aubert de Villaine représente les vignerons de Bourgogne et même les vignerons du monde entier » .

Le DRC joue un rôle essentiel dans la diffusion du vin de lieu (les climats), à travers la mission que joue Aubert de Villaine, en tant qu’ambassadeur des vins de Bourgogne et président de la candidature des climats de Bourgogne à l’inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Écoutons à nouveau la sagesse des mots d’Aubert de Villaine, ce formidable passeur de savoir :

« Je veux transmettre cette ambition collective. La Bourgogne est un territoire incomparable, nos vins sont reconnus mondialement. Cette inscription sur la liste de l’Unesco reflète notre volonté de conserver ce patrimoine et de le transmettre à nos enfants ».

« La retombée la plus importante est d’aider à ce que le territoire prenne conscience du patrimoine exceptionnel que l’Histoire lui a confié et le protège afin de le transmettre aussi intact qu’il l’a reçu. L’essence de cette candidature c’est la transmission. Nous devons transmettre ce patrimoine et cette ambition à ceux qui nous suivent. Et nous devons être conscients de la chance que nous avons. Nous ne sommes pas propriétaires de ces climats, mais des gardiens avec toute la responsabilité et l’ambition que cela implique. »

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PS : Pour soutenir la candidature UNESCO des climats du vignoble de Bourgogne : 

http://www.climats-bourgogne.com/

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