La poésie pour décrire le vin…

Littérature spiritueuse

Lors de la dernière édition de Vino Bravo organisée sous la houlette de Jacques Dupont (Le Point), le géographe et grand connaisseur du vin Jean-Robert Pitte a fait remarquer que la poésie permet d’exprimer des milliers d’impressions et qu’il serait utile de s’y référer pour décrire un vin et le plaisir qu’il suscite en nous. A cette occasion, il a pris l’exemple des haïkus japonais, qui condensent des émotions en cascade à travers quelques mots subtilement agrégés.

Nous possédons environ 350 récepteurs olfactifs, soit l’équipement anatomique pouvant potentiellement nous permettre de distinguer une palette de 1 000 milliards d’odeurs différentes ! Vous comprendrez donc aisément que le lexique français est hélas bien trop pauvre pour mettre des mots sur chacune d’entre-elles… Il en résulte que bien souvent, les mots nous manquent pour décrire un vin et sa complexité aromatique.

Pour pallier ce déficit lexical et décrypter nos impressions de dégustation, il est essentiel de systématiser la pratique des correspondances dans l’acte de dégustation, en puisant dans « l’immense clavier des Correspondances » (cher à Charles Baudelaire) ou des équivalences sensorielles. De là, jailliront des musiques, des voix, des lumières, des paysages, des souvenirs d’enfance qui nous aideront à qualifier le vin que nous avons dans le verre.

Mais en quoi la poésie peut-elle aussi nous aider dans cette démarche ?

Comme l’écrit le poète Nicolas Dieterlé, la poésie a « cet étrange pouvoir d’appréhender l’indicible en l’effleurant de son aile pourpre et doucement insistante ». La poésie peut donc être clairement un vecteur de compréhension du vin.

Voici quelques exemples qui l’attestent :

La Chanson d’automne de Verlaine conviendrait à merveille pour décrire un vin rouge, puissant et élégant, un grand bourgogne de la Côte de Nuits  : un Clos Vougeot !

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 » Les sanglots longs Des violons De l’automne Blessent mon cœur D’une langueur Monotone.

Tout suffocant Et blême, quand Sonne l’heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure

Et je m’en vais Au vent mauvais Qui m’emporte Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte. »

L’invitation au voyage de Charles Baudelaire conviendrait parfaitement à l’évocation d’un vin luxueux, fait de lumière et d’or : un Château Yquem dégusté dans un endroit confidentiel et raffiné où trônerait un tableau flamand de Vermeer (« les canaux »), ou un Van Ruysdael (« de ces ciels brouillés »). Un vin dont la dégustation s’achèverait par une douce rêverie (« le monde s’endort »)…

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« Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. – Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. »

Le temps des cerises de Jean-Baptiste Clément où souffle un air de printemps avancé m’évoque un vin solaire, léger et gouleyant, à boire joyeusement sur le fruit entre amis : un vin d’insouciance ! Un vin du beaujolais, comme un Côte de Brouilly du Château Thivin par exemple.

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« Quand nous en serons au temps des cerises, Et gai rossignol et merle moqueur Seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête Et les amoureux du soleil au cœur. Quand nous en serons au temps des cerises, Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court, le temps des cerises, Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant Des pendants d’oreilles. Cerises d’amour aux robes pareilles Tombant sous la feuille en gouttes de sang. Mais il est bien court le temps des cerises, Pendants de corail qu’on cueille en rêvant…. »

 

Quant à l‘Ode à Cassandre de Ronsard, elle me fait penser à un vieux cabernet franc ligérien (patrie de Ronsard) : un vieux Chinon du Clos de la Dioterie ou du Clos de l’Echo à la finesse et aux arômes entêtants de pétales de rose !

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« Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace, Mignonne, elle a dessus la place, Las, las ses beautés laissé choir ! Ô vraiment marâtre Nature, Puisqu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté. »

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