God save the Porto ! (2/3)

Itinéraire capiteux

2/ La vallée du Douro : berceau des AOC !

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God save the Porto !

L’histoire du vin de Porto résulte des alliances et accords de coopération (militaire, diplomatique et économique) qui ont été conclus entre le Portugal et l’Angleterre dès le XIVème siècle. A cette époque, la ville de Porto devient une place forte du commerce entre les deux pays et progressivement, à la faveur de traités douaniers (XVI et XVIIème siècles), de nombreux marchands anglais vont s’installer au Portugal pour se livrer au négoce du vin, notamment en vendant ceux produits dans le Minho (zone de production du vinho verde).

En 1667, Colbert, premier ministre de Louis XIV, lance une série de mesures visant à freiner les importations françaises de denrées venant de l’Angleterre. En représailles, le Roi Charles II d’Angleterre augmente les droits de douane perçus par la couronne sur les vins français, puis il en stoppe l’importation tout court. Les négociants anglais doivent donc trouver d’autres sources d’approvisionnement en vin. Conséquence du conflit entre la France et l’Angleterre, les anglais vont donc délaisser les vins de Bordeaux au profit des vins de Porto!

Les anglais vont alors découvrir les zones reculées et arides du Douro dans lesquelles ils vont vite dénicher des vins plus complexes et plus corsés qui correspondent davantage au goût des britanniques que les vins fluets du Minho (XVIIIème siècle). Bien qu’originaires de l’arrière pays montagneux du Douro, à quelques 80 km à l’Est de la côte Atlantique, les vins prennent le nom du port à partir duquel ils sont exportés.

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Les premières expéditions de vins sous ce nom « Porto » sont attestées en 1678. De là naquirent progressivement les grandes maisons anglaises de vins de Porto (Taylor’s fondée en 1692, Sandeman, Graham’s etc).

Ironie de l’histoire, c’est maintenant la France qui est le premier importateur de vins de Porto… 😉

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Les principales maisons de négoce du Porto : so british  ! 😉

La création du système des AOC…

Très vite, c’est un succès assuré pour le Porto, qui est exporté dans toutes les colonies britanniques et vers le Brésil. Mais ce succès entraîne au XVIIIème siècle une baisse de la qualité de la production avec l’émergence notamment de falsifications mettant en péril la renommée de ces vins (ex : l’ajout de jus de sureau pour renforcer la couleur du vin !).

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La Vallée du Douro façon azulejos (gare de Pinhao).

Pour protéger ce beau patrimoine vineux, le Marquis de Pombal, premier ministre portugais entreprend en 1756 de réglementer le négoce du Porto, qui passe sous le contrôle de l’État.  Dans la même année, la zone de production du Douro est officiellement délimitée par 335 bornes de granit. En 1757, le Portugal établit la classification détaillée des vignes selon une échelle alphabétique allant de A à F (ordre qualitatif décroissant), soit près de cent ans avant de voir le Bordelais se lancer dans une démarche similaire (cf classement de 1855) ! Cette classification est déterminée par un système de points attribués en fonction d’un certain nombre de paramètres : l’altitude par rapport au fleuve, l’exposition, la déclivité, l’encépagement, l’âge du vignoble, la densité de plantation, le mode de conduite de la vigne, le rendement, etc. Au final, cette classification aura permis le cadastre de plus de 130000 parcelles… ils ne font jamais les choses à moitié nos amis portugais !

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En délimitant les vignobles du Douro, en les classant selon une hiérarchie qualitative et en précisant les normes de production définissant les vins de Porto, le Marquis de Pombal devient le précurseur visionnaire du système des AOC.  Ses travaux pionniers poseront les jalons de la réglementation actuelle.

Le Douro est maintenant un vignoble de 45 000 ha qui comprend des variations d’altitude qui vont de 80 à 800 mètres, et qui bénéficie des 4 expositions. Bref, il en résulte une mosaïque de terroirs particulièrement complexe, qui n’a sans doute pas (ou peu) d’équivalents ailleurs  !

A cela s’ajoute en plus une grande diversité de cépages (environ 85 !), dont les 5 plus utilisés sont pour le Porto rouge : le touriga barroca, le touriga francesa qui évoque le pinot noir en raison de ses arômes de griottes et de la finesse de ses tannins, le touriga nacional, le tinta cao, et le tinta roriz très tannique et très vif qui est le tempranillo espagnol.

Avec de tels patrimoines géologique et ampélographique, vous conviendrez qu’il n’est pas étonnant que la famille des vins de Porto soit d’une incroyable diversité !

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Une réflexion sur “God save the Porto ! (2/3)

  1. Merci J No pour ce topo..plus limpide qu’un Porto ! J’étais chez Sandeman il n’y a pas si longtemps mais je n’avais pas retenu tout ça 😉

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