Noms d’oiseaux !

Les oiseaux du vin

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Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce texte savoureux du grand écrivain Gérard Oberlé, paru dans son livre Émilie, une aventure épistolaire. Il y est question d’oiseaux et de fantaisies verbales…, mais aussi un peu de vin (forcément !).

« ça y est, chère Émilie, l’été va déposer le bilan et, dans une quinzaine, finies les calamités estivales, les vacanciers en bermuda, les bulletins météorologiques pour baigneurs, les vide-greniers pouilleux et autres cauchemars folkloriques!

Rat des champs, j’ai toujours boudé l’été qui fleure le Syndicat d’initiative et le journal de 13 heures associés. Je préfère l’automne, cycle de métamorphoses puis d’évanouissement avant le sommeil d’hiver. Un regret cependant: le départ des oiseaux de mon parc. Les hirondelles se rassemblent, les sarcelles font leurs derniers tours dans l’étang, et vous aussi, ma petite mésange, vous allez bientôt quitter la région pour votre lointaine Faculté. 

Je vous appelle ma petite mésange avec la familiarité caressante de W. C. Fields qui donnait du my little chickadee à ses girondes partenaires. Pardonnez-moi, ça n’est que fantaisie verbale et affection! Et puisque nous en sommes aux amusements philologiques, examinons un peu le rayon ornithologique. La langue française a usé rondement du monde avien pour filer des métaphores tour à tour aimables et injurieuses. Dans le langage populaire «oiseau» signifie individu douteux, et si l’on dit de celui-ci: Voilà un bel oiseau! ou que l’on qualifie cet autre d’oiseau rare, c’est généralement avec ironie. 

Dans le catalogue des allégories ornithologiques, certaines filles ou femmes sont classées poules, pies, oies, bécasses ou dindes, voire grues ou échassières, pour dire qu’elles sont entretenues, bavardes, sottes ou publiques. Rassurez-vous, ma grandette, les mâles aussi peuvent s’habiller de plumes, celles du serin, de la linotte, de la pintade ou encore du coq, du corbeau et du vautour. Il leur suffit d’être jeunes et bêtes, écervelés, efféminés ou bien bagarreurs et arrogants, délateurs ou rapaces. Enfant, lorsque je rentrais couvert de boue après avoir pataugé dans les mares, ma grand-mère lorraine disait: «Va te débarbouiller, Schmutzfink!» (littéralement: sale pinson). Pourquoi pinson, ce gai mélomane, pour qualifier un jeune sagouin?

Le gibier à plumes est assez bien personnifié dans cette comédie aristophanesque où la farce se joue entre pigeons et faisans, triples buses, perdreaux, butors, bécasses et bécassines. Le miroir aux alouettes? Un assortiment de traquenards, appeaux et leurres que la société tend aux ambitieux mal outillés. Dans le grand théâtre de la comédie humaine, les béjaunes (becs jaunes) et les blancs-becs incarnent sans relâche les rôles des jeunes premiers innocents ou péteux. Heureux qui jamais n’a joué le dindon de l’universelle farce des activités humaines! Amour, gagne-pain, doctrines ou affaires: vaste duperie! Avec les bergères et les mignons, j’ai toujours été prévenant et magnanime, mais que Dieu me patafiole si je ne fus dindonné régulièrement. Sans doute faut-il, pour nicher ensemble, être moineaux du même plumage. Certains gibiers furent moins brocardés que d’autres. La caille est chanceuse, car rarement évoquée de façon péjorative. On lui colle volontiers les adjectifs grasse, ronde et chaude, parce qu’elle symbolise le confortable embonpoint et l’ardeur amoureuse. «Ma petite caille» désigne aussi bien l’enfant potelé que la coquine qu’on veut entraîner dans un bosquet. La caille est chaude en effet, ma chère Émilie. Deux de mes voisins célèbres l’ont constaté: Buffon qui déclara: «Il y a plus de chaleur dans les cailles que dans les autres oiseaux» et Antoine Mizault, un médecin-astrologue bourbonnais du XVIe siècle auquel on doit cette bizarre recette magique: «Maris qui voulez être aimés de vos femmes, femmes qui voulez être aimées de vos maris, prenez un couple de cailles dont vous extrairez les coeurs pour les porter sur vous: le coeur du mâle pour la femme et celui de la femelle pour le mari.» Je ne connais qu’une expression dévalorisante, désuète aujourd’hui, celle de «caille coiffée» pour signaler une femme légère. 

Si un garnement vous trouve «chouette», il s’exprime, sans le savoir, en épigone de Rabelais, «Ma femme sera coincte et jolye comme une belle petite chouette». 

En soyeuse chevêche vous me plairez certes, car, bon lettré, je vénère l’oiseau de Minerve, mais c’est en colombelle de Ronsard que je vous aimerais. 

Ma petite colombelle
Ma petite toute belle
Mon petit oeil baisez moy
D’un baiser qui longtemps dure… 

(Recette de) Cailles crapaudines
Ouvrir les cailles du dos au bec, les aplatir. Mariner 24 heures dans du jus de citron avec ail, poivre et huile d’olive. Les rôtir au grill sur les deux faces. Saler après cuisson. Un vouvray pour les cortéger!  »

… sans aucun doute, un Vouvray de François Chidaine,  vu l’affection que porte Gérard Oberlé à ce talentueux vigneron !

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