« Notre cerveau face à l’esthétique des grands vins » : une dégustation inédite le 14 décembre à la « DIVINS Cave » !

Actualité vineuse

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Le 14 décembre 2017 à Paris (25 rue Hérold) de 20 heures à 22 heures :
NOTRE CERVEAU FACE A L’ESTHETIQUE
DES GRANDS VINS
Le vin met nos sens à vif selon des processus
encore mal connus qui commencent à être
élucidés par les Neurosciences. Mais, tout
comme la nature ou une œuvre d’art, le grand
vin est un objet de contemplation qui se
construit dans l’harmonie et fait naître des
émotions. Une approche esthétique du vin peut-
elle nous aider à mieux le comprendre? Voyage
sensoriel au cœur de notre cerveau et regards
croisés d’amateurs d’art, pour augmenter notre
réceptivité à la complexité d’un grand vin.
 
Une soirée co-animée par :
Gabriel Lepousez, chercheur en neurobiologie à l’Institut Pasteur.
Jean-Noël Rieffel, créateur et animateur d’un blog oenopoétique
Thomas Bravo-Maza, réalisateur, journaliste spécialisé en vins
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Portrait in wine : Thomas Bravo-Maza (2/2)

Actualité vineuse, Non classé, Portraits "in wine"

Parmi les rencontres importantes que tu as faites dans le monde du vin, il y a celle avec Claude Chabrol…  

Je dois mettre les choses au point concernant ma relation avec Claude Chabrol. Je connaissais beaucoup moins Chabrol que certains ne le prétendaient. On a fait des escapades ensemble, en cachette de sa femme, mais je n’étais pas un de ses amis proches. Je l’ai vu à Paris place des Vosges, au Croisic, sur le tournage de son dernier film Bel Ami où j’apparais dans une scène avec Depardieu, en simple figurant. Chabrol, je suis venu vers lui. La première fois que je l’ai croisé, j’étais étudiant rue d’Ulm (ENS), il est passé dans la rue, j’ai dit à l’une de mes amies qui m’accompagnait, « vas-le voir, dis-lui que je l’adore ». Je n’osais pas l’aborder. Et des années plus tard, j’apprends par la femme de mon père (que je n’ai pas connu), que Chabrol et lui s’étaient bien connus. Je l’ai alors rencontré et Chabrol m’a parlé de mon père, alors que peu de gens ont pu le faire auprès de moi. De là, s’est créé un lien fort pour moi. Et puis, comme il savait que je voulais faire un article sur sa relation à la nourriture et au vin dans son œuvre cinématographique, on s’est revus et il a eu cette générosité merveilleuse de m’inviter au Croisic. Le problème, c’est quand il a su que j’allais débarquer avec des bouteilles pour le déjeuner (et je suis venu avec 7 bouteilles), il a réservé en cachette de sa femme (sa femme surveillait attentivement sa santé fragile et sa consommation d’alcool) au restaurant Le Lénigo sur le port du Croisic, où il avait ses habitudes. Et là, nous avons déjeuné avec une amie commune et avons bu 7 bouteilles de vins… Ce repas extraordinaire restera la plus belle descente du Yang Tsé Kiang comme celle que l’on voit dans le film « Un singe en hiver » !

Claude Chabrol a dit (Pensées, répliques et anecdotes) « un type qui ne boit pas de vin, ne connaîtra jamais le bonheur ». Es-tu d’accord avec ça ?

Oui, il a totalement raison. Derrière ces mots, il y a aussi dans la démarche de Chabrol l’idée de dire que le vin est beaucoup plus accessible qu’on ne le pense. Quand je parlais de simplicité, Chabrol avait un rapport extrêmement simple et franc avec le vin. Il n’avait aucun rapport élitiste avec le vin : il ouvrait une bouteille comme on doit se lever le matin, sans rien attendre, sans savoir ce qui va advenir. Il laissait le vin venir …

Le problème avec les grands vins, c’est qu’on les attend, c’est qu’on les envisage beaucoup à l’avance et qu’on s’en fait toute une montagne et parfois, on est un peu déçu. D’ailleurs Chabrol disait « il n’y a pas de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles ». Cela me fait penser à une anecdote qu’il m’a racontée. L’un de ses amis, charcutier à Saumur, récupérait des « caves de veuves » avec la complicité de notaires. Ces veuves voulaient se débarrasser de toutes ces bouteilles qui étaient selon elles responsables de la mort de leurs époux. Par cette astuce, Chabrol avait acheté un jour 3 bouteilles de Nuits-Saint-Georges 1945, qui avaient toutes été stockées au même endroit, étaient toutes issues du même vigneron, et avaient toutes été mises en bouteille au même moment. Toutes les trois se sont avérées être extrêmement différentes lors de la dégustation. La première étant bonne, la seconde extraordinaire, la troisième complètement loupée… Chabrol disait qu’il n’y a pas de vérité absolue dans le vin ! C’est pourquoi, on doit toujours être dans une forme de simplicité par rapport au vin.

Je sais que tu es un cinéphile averti. Quel vin faut-il boire en regardant :

  • « Le Boucher » de Chabrol : il faut boire un des vins les plus sanguins qui soit, une côte rôtie ou un cornas.
  • « Fitzcarraldo » d’Herzog :  c’est l’un de mes films préférés. Je dirai une Petite Arvine de Marie-Thérèse Chappaz ou un Pouilly-Fumé « Pur Sang » de Didier Dagueneau. Des vins d’une expressivité folle.
  • « L’aventura » d’Antonioni, : je dirai qu’il faut boire un vin qui a du coffre et de la finesse. Un vin qui laisse sans voix. Je pense à un Barolo Brunate de Roberto Voerzio.
  • « La piscine » de Jacques Deray : La piscine avec Romy Schneider. Ici, chez DIVINS, il y a devant la table de dégustation en marbre de carrare, une photo de Romy… Il y a des héroïnes dans ma vie, Romy en fait partie. Romy c’est la grâce… (NDLR : forte émotion, Thomas ne parvient plus à ajouter un mot…)
  • « Vertigo » d’Hitchcock : c’est selon moi, le plus grand film de ‘l’histoire du cinéma pour son image et pour sa musique. J’ai eu la chance qu’Alexandre Desplat me fasse l’amitié de venir lors de l’ouverture de la cave, et nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises de discuter de ce film d’Hitchcock en évoquant la survivance après la mort. L’homme se différencie de l’animal dans cette capacité à faire revivre les morts dans tout ce qu’il faut. Vertigo, c’est cette histoire-là, avec le même amour qui passe dans plusieurs corps. Et, il y a ces couleurs vertes et rouges, qui sont le symbole de la mort et de la vie. Tout cela est mêlé. Je pense qu’il faut boire un grand vin jaune en regardant ce film. Le vin jaune, c’est l’idée d’un vin qui ne devrait pas exister si on écoute Louis Pasteur (ce vin devrait être transformé en vinaigre après 6 ans et 3 mois de futs…). Or, ce vin revient d’entre les morts. Le scénario originel de Vertigo c’est ce livre de Boileau et Narcejac qui s’appelle « D’entre les morts ». Le vin jaune est un vin qui revient d’entre les morts… et qui peut durer des siècles ! C’est un vin immortel. Le vin peut, l’espace d’un instant, procurer ce sentiment de jeunesse éternelle.

Puisqu’on évoque la mort, il me semble que dans cette cave, tu souhaites aussi rendre hommage à certains vignerons qui ne sont plus parmi nous ?

J’ai effectivement aussi ouvert une cave pour rendre hommage à certains vignerons qui nous ont quittés, même si quand on est vigneron on devient immortel. Je suis encore très bouleversé par la mort récente de Haridimos Hatzidakis, sans doute le plus grand vigneron grec. Il s’est donné la mort au début des vendanges il y a quelques mois. Cela fait écho à une autre mort, celle d’un vigneron oublié, mais c’est également mon rôle de lutter contre l’oubli : Michel Pech… En 1995, j’avais mes habitudes dans un bar à vin du 18ième arrondissement de Paris. Cet endroit, tenu par une ancienne banquière, s’appelait le moulin à vins. Un jour, elle me sert un blanc que faisait Michel Pech (domaine de l’Aube des Temps) sur la commune de Raissac d’Aude. Tous ses vins étaient estampillés vins de France. Ce vin a été porteur d’une émotion incroyable et j’ai tenu à faire l’aller-retour depuis Paris pour le rencontrer. C’était un homme extraordinaire. Malheureusement, il s’est pendu peu de temps après dans son chai. Si je fais ce métier de caviste, c’est aussi pour ne pas oublier tous ces vignerons.

Quel vin souhaites-tu offrir à tes invités le jour de tes obsèques ?

Je ne peux pas ne pas penser à Claude Nougaro et sa chanson « dansez sur moi le jour de mes funérailles, que la vie soit feu d’artifice et la mort un feu de paille ». Les bouteilles sont déjà toutes là dans ma cave, Cela devra être une fête avec tous ces vins qui m’entourent. Je ne veux que des rires et des souvenirs joyeux.

Le vin est-il sacré ?

J’ai toujours été un rationaliste, laïque, agnostique. Je ne crois pas en Dieu, mais j’ai une ambiguïté et je la revendique : je parle souvent de « vins cathédrales », j’ai grand plaisir à rentrer dans les églises, à parler avec des gens qui croient en Dieu. Pour autant, selon moi, le vin n’est pas sacré. C’est l’homme qui est sacré. Le vin est un intermédiaire entre les hommes, un passeur. Il y a une très belle nouvelle de Flaubert qui s’appelle « La légende de Saint-Julien l’hospitalier ». C’est très beau cet homme qui fait passer les humains d’une rive à l’autre. Pour moi, c’est ça le vin.  Si le vin a quelque chose de sacré, c’est ça. Je ne déifie pas le vin. Je ne garde pas mes anciennes bouteilles, je ne collectionne pas les étiquettes. Ce qui m’intéresse, ce sont les vins que je vais boire. Comme le disait Pierre Veilletet, « la cave, c’est ce qui reste quand on a tout bu » !

Quel est le vin de tes superlatifs ?

Il n’y a pas longtemps, j’ai dîné avec des amis. A la fin de la nuit, alors qu’on avait déjà beaucoup bu, la lumière est révélée, on est de plus en plus performants dans la dégustation. Et un peu, comme dans l’un des films de Claude Chabrol (« Les innocents aux mains sales »), les deux inspecteurs de police, plus ils boivent, plus ils comprennent comment le crime a été perpétré. Et bien, en fin de nuit, je reconnais à l’aveugle une Romanée St Vivant 2007 de Lalou Bize-Leroy. Et, il était 4h du matin, mes camarades m’ont laissé finir la bouteille. J’ai mis la bouteille dans ma poche et je suis rentré chez moi. Le lendemain matin, en me réveillant, je sens une forme dans le lit et en fait, contre mon ventre, il y avait la bouteille. J’avais dormi avec une Romanée Saint Vivant !

J’aime la Romanée Conti, mais la Romanée St Vivant c’est vraiment un rouge qui me parle des fleurs, des relations avec les gens, c’est une évidence dans le vin. La Romanée Saint Vivant, c’est l’évidence du vin.

Qu’est-ce qu’un grand vin finalement ?

C’est un vin simple, moral. Un vin fait d’images, de musique, de souvenirs.

Philippe Claudel dans la préface du livre de Gert Crum sur le domaine de la Romanée Conti, écrit que « le temps de la dégustation déchire en nous des pans entiers de noir pour les mettre à la lumière. » Le vin nous aide à retrouver des arômes enfouis, des souvenirs tactiles, il fait remonter de la nostalgie, chez moi c’est très profond. Il fait revenir en moi des moments d’enfance qu’on cache dans sa vie d’adulte, des mots qu’on n’arrive pas à dire… et le vin les dit. J’ai autant d’émotions avec un Muscadet, un Bouzeron, un vin du Vendômois, ce n’est ni une question d’étiquette, ni de rareté, ni de prestige.

Quand on a des amis, on a des devoirs vis-à-vis d’eux. On a le devoir de les accueillir comme si c’était le dernier jour. On a le devoir de partager le meilleur avec eux. Dans la plus grande simplicité, on doit leur offrir les vins qu’on aime le plus. Donc un grand vin, c’est un vin qui célèbre l’amitié.

Propos recueillis le mercredi 8 novembre 2017, à Paris.

Portrait in wine : Thomas Bravo-Maza (1/2)

Portraits "in wine"

Thomas Bravo-Maza, 47 ans, est journaliste d’investigation. Il vient d’ouvrir au 25 rue Hérold à Paris, une cave nommée DIVINS. Il y officie avec Laurent Valraud, présent tous les après-midis. Il est depuis 16 ans journaliste à La Revue du vin de France, où il est journaliste grand reporter et dégustateur associé. Spécialiste reconnu d’oenotourisme, il y possède sa rubrique mensuelle depuis 2004 dans laquelle il arpente en solitaire les vignobles du monde entier et livre mes coups de cœur concernant les grands vignerons d’aujourd’hui et de demain. Son travail journalistique l’a également amené à animer la page vins du magazine Elle de 2004 à 2008, et à signer, en outre, de nombreux articles pour l’Amateur de Bordeaux, L’Express ou Gault&Millau. Il a fait équipe pendant plus de 4 ans avec Jean-Pierre Coffe avec qui il a cosigné l’ouvrage  « mes vins préférés à moins de 10 euros », guide classé bestseller à chaque édition, et avec qui il a coanimé l’émission Ca se bouffe pas ça se mange, sur France Inter, pour les saisons 2005-2006 et 2006-2007. Depuis 2009, il est réalisateur de films documentaires : il a signé en outre « Quatre saisons à la Romanée-Conti », un film coproduit par France Télévisions et France 3.

Propos recueillis à Paris le 8 novembre 2017.

Que boit-on ?

Un vin emblématique pour moi, on boit un vin aux notes très sauvages qui est un Ventoux, 2013, du domaine Vindémio (ancien domaine Le Murmurium) cuvée funambule. Derrière ce vin, il y a un vigneron que j’admire beaucoup : Jean Marot (comme le poète). C’est un homme qui incarne quelque chose qui me touche au plus profond de moi. Le vin, ça a une morale, c’est pour ça que j’aime le vin. Le vin ça parle de courage, de renoncement, de résistance, de la mort, de la renaissance, d’immortalité, de vent, de soleil qui grille à midi, ça parle aussi de ce que Pierre Veilletet appelait un « entêtement de civilisation », c’est-à-dire d’hommes et de femmes qui, au quotidien, se battent pour ramener la vie et la mettre en bouteille. Et Jean Marot est un de ces fieffés entêtés. Il était pharmacien, il s’était passionné pour la phytothérapie naturelle. Il est devenu vigneron dans les contreforts du Ventoux. Tout me touche là-bas dans ce paysage qu’est le Ventoux : c’est la montagne la plus isolée de France, ce sont des chaleurs extrêmes, des rafales de vent particulièrement fortes. Cet homme fait un travail remarquable avec des rendements très bas, il travaille en biodynamie, est membre de « Renaissance des appellations », mais il a toutes les difficultés du monde pour valoriser ses vins malgré l’engouement de la critique. Ses vins ont besoin d’être expliqués, racontés.

On comprend tout de suite que pour toi, « le vin, c’est beaucoup plus que le vin » pour reprendre les mots du poète Jean-Claude Pirotte.

Exactement. Jean-Claude Pirotte m’a vraiment marqué. J’ai appris son existence par Franz-Olivier Giesbert qui évoquait le roman Cavale. Je suis tombé amoureux de l’écrivain et de l’homme. En connais-tu beaucoup des avocats qui ont fait évader leurs clients ? C’est par la littérature que j’ai connu Pirotte, c’est un livre essentiel de ma cave…. euh de ma bibliothèque !

Où est-on aujourd’hui ? Quel est le concept de cet endroit ?

On est à 50 mètres de la place des victoires, on est tout près d’un des plus beaux jardins de Paris, le jardin du Palais Royal. On est au cœur de ce Paris historique, un Paris ouvert aux idées, curieux, qui peut écouter un certain nombre de choses détonantes dans le monde du vin. C’est un quartier atypique, attachant et vaste. Comme il est vaste, il me permet d’accueillir des gens pour leur vendre du vin, mais surtout pour leur parler du vin. Le concept de DIVINS c’est d’être un intermédiaire, et pour moi, c’est ça le rôle essentiel d’un caviste, c’est d’être un intermédiaire prolixe entre les amoureux du vin (simple débutant ou amateur aguerri) et ceux qui font le vin, les vignerons. Je trouve que trop de bistrotiers et de cavistes ont vendu leur âme au diable, ils se sont déshonorés en passant des contrats avec les grands groupes de distribution. Ils ne se sont pas mis en mesure de faire de vraies sélections…

Donc derrière ce mot DIVINS, est-il aussi question de « dire le vin » ?

Il y a effectivement ce jeu de mots. C’est divin, car un grand vin nous fait dire quel goût divin, quel palais divin, mais il y aussi ce jeu de mots très bien compris par cette graphiste de grand talent (qui a fait le logo de la cave) : dis-moi le vin !

Qu’est-ce qui t’a guidé dans le choix des vignerons dont tu proposes les bouteilles à la vente ?

Depuis 16 ans, j’ai bourlingué dans les vignobles tout autour du monde : en Nouvelle-Zélande, en Croatie, en Grèce, en Allemagne, en Europe du nord pour voir des vignes extrêmes. Il y a une exception, l’Afrique du sud, où je ne suis jamais allé pour des raisons personnelles et politiques.

J’y ai à chaque fois rencontré les vignerons. Aller en reportage c’est entrer en vigne avec les vignerons. C’est passer beaucoup de temps avec eux, pour juger, sélectionner leurs vins, mais surtout tenter de les comprendre.

La sélection de DIVINS, c’est le fruit de ces 16 ans de voyages. Je voudrais que la personne qui passe le seuil de DIVINS, vienne y faire un voyage.

J’aime beaucoup cette phrase de l’humoriste Gaspard Proust qui dit : « Pour moi, l’œnotourisme, c’est l’offrande du vigneron qui m’invite à s’asseoir dans sa cave pour l’écouter parler. J’adore ! C’est l’intime du vin qui me plaît ». L’oenotourisme aide-t-il à mieux comprendre le vin ?

Je partage profondément cette vision des choses. Aller chez un vigneron ce n’est pas emplir son coffre de bouteilles, c’est prendre du temps pour l’écouter parler, aller en vigne avec lui, c’est préalablement avoir acheté quelques-unes de ses bouteilles et les déguster in situ. Dans mon film « Quatre saisons à la Romanée Conti », Bernard Pivot dit : « le vin, c’est une boisson mais c’est surtout de l’histoire et de la géographie », une « géographie liquide » que nous a notamment raconté Roger Dion dans les années 50 (il faut lire Roger Dion, Le paysage et la vigne. Essais de géographie historique). C’est ce rapport au lieu. Boire un vin, c’est boire de l’humain, un paysage, une exposition, un sol. Le grand vin, il ne faut jamais oublier qu’il vient de tout ça.

Quel paysage viticole t’émeut le plus ?

Il y a d’abord les grands classiques : j’ai été stupéfait par les pentes du Valais Suisse et du pays vaudois entre Lausanne et Montreux dans le vignoble du Lavaux. La Suisse n’est pas qu’un paradis fiscal, c’est aussi un paradis buccal ! Dans ses pentes vertigineuses où les vignerons travaillent au treuil et avec des monorails, on y trouve des choses sublimes dans la capacité de l’homme à faire un territoire à sa main, à y produire le meilleur dans des conditions très difficiles, très physiques, voire périlleuses (toute chute peut être mortelle). C’est une belle illustration du courage du vigneron. Moi qui suit fou de montagne depuis toujours, je suis très sensible à cela. J’ai d’ailleurs un rapport très amical avec Jacques Perrin, le patron de CAVESA, caviste à Genève, immense dégustateur et alpiniste émérite.

Je pense aussi à Santorin, paysage improbable pour la vigne avec ce vent et cette mer Egée qui peut être si difficile. C’est un beau paysage, mais aussi un paysage qui ramène à l’homme, à cet entêtement qui amène l’homme à produire du vin. La vigne du cépage Assyrtiko s’enroule pour se protéger des vents forts, elle produit peu, mais elle capte tous les embruns marins pour les restituer dans le verre.

Il y a aussi la Croatie et ses différentes îles en face de Split et Dubrovnik. Le cap corse aussi. Après il y a d’autres paysage inattendus qui m’ont bouleversé : le pays basque par exemple.

Mais il y a surtout les vins de l’Yonne. Quand je dis que le vin a une morale, c’est dans l’Yonne qu’on le comprend le mieux. J’ai tout comme le journaliste et écrivain spécialiste du vin Jacques Dupont, un amour pour les vins de l’Yonne : un amour bien sûr pour la grandiloquence de Chablis, mais surtout pour tous ces petits vins autour, qui sont la quintessence du vin. Je pense en premier lieu à Irancy : abordé par la route de St Bris le Vineux, on arrive à un col avec une table d’orientation qui se situe au-dessus du village d’Irancy. Quand on a le bonheur de découvrir Irancy à la fin du mois d’avril, au moment où les cerisiers sont en fleurs, les coteaux de vigne en amphithéâtre sont sublimes. C’est une émotion qui prend à la gorge. Il m’est arrivé plusieurs fois de m’arrêter en larmes sous les cerisiers. Les vins rouges d’Irancy me plaisent énormément. Ce sont pour moi des oxymores, je raffole de leur rusticité raffinée…

Lorsque tu évoques ces cerisiers en fleurs, on pense forcément à la civilisation japonaise. Pierre Veilletet écrivait que « le vignoble est haïku ». Ne trouves-tu pas qu’Irancy est une belle illustration de cette phrase ?

C’est tout à fait ça. Au Japon, quand arrive le moment des cerisiers en fleurs, il y a des cérémonies (HANAMI) familiales et entre amis : on y célèbre la nature, la beauté, la petitesse de l’homme (WABI) face à la beauté de la nature, on y célèbre le vivant, l’amitié. C’est tout ce que j’aime dans la plus grande simplicité. Tout est là, il faut aller vers l’épure.

Je reprends toujours à mon compte ces mots de Saint-Exupéry que m’avait glissé à l’oreille Jean-Marie Guffens (grand vigneron du Mâconnais): « la perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer… ».. C’est la route que j’essaie de faire à ma mesure, avec le temps dont je dispose. J’essaie petit à petit de me défaire du superflu pour garder que l’essentiel. Cela doit être notre chemin de vie à tous. C’est comme cela que j’envisage le vin de plus en plus. Et les vins de l’Yonne nous ramènent à cette recherche de simplification, qui est tellement lumineuse, un peu comme les tableaux de Pierre Soulages qui apparaissent noirs, mais qui sont lumière avant tout.

D’où est né ton amour du vin ? Quel est l’évènement fondateur ?

Il y a plusieurs évènements. Il y a un moment où c’est le vin qui vous prend, vous entoure. On ne choisit pas le vin. C’est le vin qui nous choisit. On est pris par l’émotion du vin. Le vin est entré joyeusement dans ma vie il y a 27 ans (j’avais 20 ans). Dans mon film « Quatre saisons à la Romanée Conti », il y a une séquence très profonde avec Monsieur Aubert De Villaine, où il me dit « la Romanée Conti, c’est un peu comme quelque chose qui vous dépasse, qui vous prend ». La Romanée Conti, c’est la Lorelei du vin.

J’ai eu la chance d’avoir des émotions fortes à 20 ans avec le vin. J’ai tout de suite su que ma vie allait en être bouleversée. Après, il y a eu des contextes, des évènements, des rencontres, qui tous ont contribué à mon amour du vin.

A propos de ces rencontres, tu as travaillé notamment avec Jean-Pierre Coffe. Quelle place occupe-t-il dans ta vie ?

Jean-Pierre est vivant dans cette cave, son âme est présente partout ici, via par exemple l’étiquette des vins produits par Laure Gasparotto (qui pendant un temps, m’a remplacé auprès de lui). J’avais des rapports parfois houleux avec lui, mais souvent vrais. On a travaillé presque 5 ans ensemble, on a fait trois livres ensemble. Grâce à lui, j’ai pu boucler 3 tours de France en 4 ans sur plus de 100 000 km au total. Cette expérience incomparable, je la lui dois.  

J’écoutais il y a quelques jours Gérard Depardieu chanter Barbara sur France Inter. Barbara est l’une de mes héroïnes. Un moment d’une intensité exceptionnelle. Écouter Depardieu chanter Barbara, c’est pour moi aussi une façon de me rapprocher du meilleur de Jean-Pierre, tout un sens exacerbé de l’amitié. Cela m’a rappelé le jour des obsèques de Jean Carmet : ce jour-là, Gérard Depardieu et Jean-Pierre Coffe se rendent au chevet de Carmet, tous les deux ouvrent une bouteille devant la dépouille de Carmet sur son lit de mort, ils prennent une gorgée et placent un peu de vin qu’ils ont dans leur bouche entre les lèvres de Jean Carmet. Tout est dit…. Cette force de l’amitié au-delà de la mort. Quand je disais que le vin parle de la mort, de la renaissance et d’immortalité, c’est bien de cela dont il s’agit.

A suivre…

Vin’île

Actualité vineuse

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Se rendre sur une île, c’est quitter le vacarme du monde, c’est prendre le temps de rentrer en soi-même (comme le fait un grand vin qui infuse dans tous nos sens), c’est s’enivrer de silences et de douces rêveries contemplatives, c’est sentir le goût vivifiant de l’iode, c’est s’émerveiller des subtiles lumières marines chères à William Turner, c’est redécouvrir la joie de voir la voie lactée (« nous sommes tous dans la boue, mais certains d’entre-nous regardent les étoiles » s’amuserait à dire avec malice Oscar Wilde), c’est égrener par poignées le sable : « cette matière de fin du Monde, où tout est aboli dans une pureté, une douceur lumineuse infinies » (Alfred Manessier). Bref, ce sont des moments de délicate beauté...

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« Bonheur de l’aube » ( © Léon Mazzella) sur l’île de Sein

Enfin, c’est déguster un verre de vin’île …

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en écoutant black sails de ce groupe de jazz (aux envolées électro-planantes) qui nous vient du Royaume-Uni : https://mammalhands.bandcamp.com/track/black-sails

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« Au petit matin,

La nuit se dénude de ses dernières étoiles

Le haut du ciel se teinte de nacre

Et le soleil illumine les confins de l’Orient

Que le phare balaie encore de ses feux.

 

La terre frémit et s’éveille,

Des froissements d’ailes

Calligraphient le ciel. »

 

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« Sur ce bout de terre émergeant de la mer infinie

Dévoré par les assauts sensuels de l’océan,

Balayé par les rafales salines du vent…

 

La mer se veine de ridules d’écume,

Et la clameur des vagues gronde déjà sur le sable…

La splendeur ne dure qu’un instant

Et le tumulte une éternité… »

Elle est née la « Divins cave » !

Actualité vineuse

« Les savants souffrent d’un complexe du vin. Il ne fait pas sérieux.  En effet, il n’est pas sérieux, il est divin. (…) De toute humanité, une seule chose est sûre, le vin est un dieu. Un dieu si évident pour tous qu’il a pu passer d’une civilisation à l’autre sans changer d’état civil : Dionysos et Bacchus sont interchangeables . » (Raymond Dumay, La mort du vin).

©Cave Divins

La divine cave gourmande parisienne est née, lovée dans son écrin noir très « soulagien » au cœur de la rue Hérold (numéro 25) à deux pas de la place des Victoires et des jardins du Palais Royal. Comme dans les toiles de Pierre Soulages, du noir jaillit la lumière, celle du verre de vin qui épouse le soleil….. Derrière la lourde vitre, on décèle de nombreux flacons alignés sur des étagères pleines de promesses…

Le patron des lieux, c’est Thomas Bravo-Maza, un très bon ami journaliste (spécialiste de l’oenotourisme à la Revue des Vins de France notamment, réalisateur du magnifique film « Quatre saisons à la Romanée Conti », auteur avec Jean-Pierre Coffe du guide « Mes vins préférés à moins de 10 euros » etc), érudit à la sensibilité vineuse aiguë, à la passion bachique communicatrice et exigeante, fin connaisseur des vignerons faiseurs de vins de caractère (avec qui il a conservé un lien étroit) et enfin ardent défenseur du goût du vin.

Thomas a toujours été animé par cette envie irrépressible de faire connaître et faire partager ses coups de cœur pour les grands vignerons d’aujourd’hui et de demain, de France ou du bout du monde. Pour ce faire, il a sélectionné dans sa cave 250 références ! Vous y trouverez des vins rares, des vins étonnants d’ici ou d’ailleurs, toujours faits par de grands vignerons, des hommes et des femmes dépositaires de savoir-faire uniques, dans le respect de l’homme et de la nature.

©Cave Divins

A la Divins cave, on est loin d’une offre vague et impersonnelle d’un caviste lambda…  Dans une approche émotionnelle, Thomas nous clame avec grande sincérité, son amour du beau vin, son profond respect pour l’œuvre des vignerons. Ecoutons-le nous chuchoter ceci :

« Le goût du vin, avouez que ce sont surtout des images, et c’est cela aussi qui nous plaît. En bouche, le vin procure alors des émotions si précises que le souvenir d’une œuvre et de ses détails les plus infimes revient vous étreindre. »

Par son approche, Thomas redonne clairement vie à ces mots de Francis Ponge (Pièces) : « Comme de toutes choses, il y a un secret du vin ; mais c’est un secret qu’il ne garde pas. On peut le lui faire dire, il suffit de l’aimer, de le boire, de le placer à l’intérieur de soi-même. Alors il parle… »

Le vin est l’art du temps. Chaque bouteille est unique, elle renferme un instant d’éternité. Thomas qui a bien connu Claude Chabrol vous répondrait : « il n’y a pas de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles » ! Incontestablement, sa cave en recèle…

©Cave Divins

 

Salivation

Littérature spiritueuse

 

La salive s’étire entre les rives de mes lèvres,

Mes papilles sont prises dans le ressac du vin,

Qui mugit dans ma bouche…

Salivation de désir,

Salivation d’impatience,

Salivation intertidale…

Mes papilles excitées par le sel

Sont happées

Par l’enroulement impétueux des vagues

Par la sève saline

Par l’inlassable balancier de l’écume

Lubrification marine

Dont l’aller-retour frissonnant

Est une émulsion salivante et désaltérante

Qui clame les scansions de la mer

Par l’étreinte d’un baiser vineux,

Vibrant et iodé !

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Un vin sauvage…

Littérature spiritueuse

Dans le petit lexique du vin, on trouve cette définition du caractère « sauvage » d’un vin : « un vin au caractère indomptable, fougueux voire trop rustique que des tannins trop prononcés peuvent accentuer. » Cette définition  est extrêmement réductrice et à connotation négative…

Qu’est-ce qu’un vin sauvageon ?

Un vin à poil ? Un vin à la virilité plantigrade ou wisigothe ? Un vin à la fauvitude tannique et à l’expression grossière ? Un vin aux arômes bruts et à la puissance bramante ?

Un vin sauvage, ce serait donc l’émanation vineuse de Conan le musculeux barbare ou de Xena la bombasse guerrière en cuir ??

NDLR : Pour éviter tout malentendu, laissons immédiatement de côté la triste bestialité du vin, conséquence d’une déviance aromatique due à une mauvaise hygiène des chais favorisant le développement de levures indésirables, les Brettanomyces. Ces Bretts donnent au vin un goût âcre, d’excréments et de sueur animale, rappelant les odeurs d’écurie.

Les grandes syrahs rhodaniennes, les grands Bandols ou les vieux pinots noirs sont terriblement plus complexes dans leur sauvagerie animale : on y décèle des arômes de cuir, de venaison, de jus de viande, de sous-bois  (champignons, mousse et humus).  Ils ont en eu la sauvagerie dont nous parle si bien l’un de nos plus grands écrivains actuels, Pascal Quignard :

« Sauvage est un mot merveilleux. Peut-être le plus beau mot que je sache et dont le contenu est le plus riche. Sauvage ne veut pas dire féroce par rapport à ce qui est domestiqué, barbare par rapport à ce qui est civilisé, comme les lexicologues ont pris l’habitude de le définir. Le mot latin se décompose simplement : solus + vagus. À Rome est solivagus celui qui erre tout seul. Celui qui, aussitôt finie la saison des amours, décide de faire de sa solitude un territoire indérangeable.

Seule la sauvagerie cherche la paix, l’écart, la contemplation. Dans l’ordre arithmétique le sauvage constitue l’inquantifiable, ce qui ne suit ni la règle générale ni l’inclusion, ce qui fait exception : ce qui va seul est sans multiple. Cette soli-vagance délivre l’imprévisibilité – c’est-à-dire le temps en personne. Dans la sauvagerie, ce n’est pas la violence qui intimide, mais la surprise qui confond. C’est ce qui surgit sans qu’on s’y attende. C’est l’unique ruse de fond que connaisse la nature. Le sauvage devance l’idée même de “cause” dans l’extériorité. C’est l’explosion physique originaire qui se poursuit dans le sauvage. Les “Planètes” en grec signifiaient les “Errantes”. Les planètes sont comme les comètes du Jadis lancées du haut du ciel. Les éclairs dans le noir. Les attaques foudroyantes. Le sperme qui soudain jaillit “prend de court” le corps lui-même dans un instant extraordinaire de joie.

Les voluptés animales et humaines sont profondément solivagantes. Les “attacca” à l’origine étaient des stratagèmes de carnivores. Ne laisser aucun temps entre la menace et l’assaut. Le faucon tue par le simple choc qu’il provoque en piquant sur sa proie. Il mange vivant, dans le sang jaillissant, une proie assommée. Tel est sans doute le cœur féroce et pulsatile de la musique. C’est ainsi que les attacca devinrent les premières mesures bouleversantes sous les doigts des musiciens. Enfin ce sont les splendeurs des incipit des livres. »

En définitive, sauvage est sans doute l’un des plus beaux qualificatifs du vin : il caractérise un vin foudroyant, à l’attacca franche, à la tension jaillissante, à la volupté animale percutante, au fruité explosif qui condense les arômes des myrtilles des Vosges et des fraises des bois ! Un vin qui déploie une merveilleuse soli-vagance en bouche…

 

Une nouvelle pépite languedocienne…

Itinéraire capiteux

Avec le Clos de la Barthassade (Guillaume et Hélène Baron), l’esprit bourguignon souffle sur le vignoble d’Aniane…  Cette petite pépite viticole languedocienne est sans doute une future grande référence de demain (NB: le domaine a été désigné « révélation 2017 » par la Revue des Vins de France)!

Inspirés par leurs expériences professionnelles en Bourgogne (et pas chez n’importe qui, jugez-en par vous-même :  Sylvain Pataille à Marsannay, Dominique Derain à Saint-Aubin, domaine de La Pousse d’Or à Volnay), Guillaume et Hélène Baron ont réalisé leur première vendange en 2014.

Leur parcellaire de 9,25 ha cultivés en bio est constitué en totalité de vieilles vignes (30-40 ans) sur terrasses caillouteuses. Pour les cépages rouges : grenache noir, syrah, mourvèdre et cinsault répartis sur les communes de Montpeyroux et Jonquières. Pour les cépages blancs : roussanne et chenin cultivés sur la commune de Saint-Saturnin dont le terroir argilocalcaire est propice à l’expression d’une belle fraîcheur en blanc. A l’avenir, le domaine devrait d’ailleurs y expérimenter du chardonnay !

Le nom du domaine provient de cet îlot de vignes complantées en cinsault/mourvèdre/grenache de part et d’autre d’un chemin bordé d’oliviers et tirant son nom du bois qui se situe en contre-bas de l’îlot (en occitan, le bartàs signifie « buisson, broussaille »).

Les vignes sont cultivées en bio avec des doses de cuivre réduites au minimum, la taille est sévère, puis les vignes sont épamprées et soigneusement ébourgeonnées. Les raisins sont vinifiés de manière traditionnelle : levures indigènes, raisins partiellement ou totalement égrappées en fonction de la maturité des rafles, très peu de SO2 lors de la vinification, encuvage et décuvage par gravité, foulages et méthodes d’extraction très douces, durées de cuvaison entre 2,5 semaines et 3 semaines.

Le domaine a mis les moyens : une cuverie récente haut de gamme qui permet de réaliser des vinifications parcellaires dans des cuves inox thermorégulées, et un élevage dans des fûts/demi-muids produits par les meilleures tonnelleries artisanales du monde (Stockinger, François Frères etc). Les moyens sont clairement à la hauteur des ambitions du domaine.

 
Les raisins blancs sont vinifiés puis élevés en fûts et demi-muids après débourbage statique, à la bourguignonne. La durée d’élevage varie entre 12 et 15 mois sur les blancs et 12 à 24 mois sur les rouges. Globalement, le domaine utilise très peu de bois neuf et a également recours aux œufs béton de 7hl pour certaines cuvées.
Le domaine produit :
– 2 cuvées en AOC Terrasses du Larzac (« Les Gravettes » : 50% grenache/30% cinsault/20% syrah, et « Les Ouvrées » : syrah majoritaire/grenache/mourvèdre) ;
– 5 cuvées en IGP Pays de l’Hérault (dont deux blancs : un 100% cinsault blanc absolument bluffant, et la cuvée « les Cargadous » : chenin majoritaire/roussanne : plantage assuré à l’aveugle ! ).

Dégustation sur fûts du millésime 2016 :

Globalement l’ensemble des jus dégustés (grenache, cinsault, syrah, mourvèdre, chenin, roussanne) dégage immédiatement une réduction (liée à la difficulté de vinifier le millésime 2016 selon Guillaume Baron), mais qui (of course) préserve les jus et disparait rapidement à l’oxygénation.

Elle laisse alors éclater une bouche dense, un fruit charnu et gourmand, rehaussé d’un élevage bien intégré et porté par des tanins très fins. On est incontestablement face à une vinification technique, précise et très maîtrisée.

Focus sur deux cuvées du domaine :

  • IGP Pays de l’Hérault « Les Cargadous » 2015 : le nez dégage des senteurs de citron confit, de poire et de coing. La bouche pleine de richesse, s’illustre par de beaux arômes minéraux. Un vin équilibré, harmonieux, et ébouriffant !
  • AOC Terrasses du Larzac « Les Ouvrées » 2015 : le nez est très typé grenache (épice, fruits noirs), et le mourvèdre apporte une touche cacaotée. La bouche est friande, toute en rondeur, pleine, avec des notes de petits fruits rouges. Dieu que c’est bon et complexe!

Le Clos de la Barthassade réalise clairement des vins de haute voltige : on sent beaucoup de travail pour arriver à cette harmonie, cet équilibre et cette profondeur de fruit. Le style est tout en finesse : des vins infusés, peu extraits, avec beaucoup de fraîcheur. Un domaine à suivre de très près…

Le sentiment oenocéanique

Littérature spiritueuse

L’expression sentiment océanique apparaît pour la première fois dans une lettre de Romain Rolland adressée en 1927 à Sigmund Freud:

« Mais j’aurais aimé à vous voir faire l’analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (…) le fait simple et direct de la sensation de l’éternel (qui peut très bien n’être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique). »

La référence à « l’éternel » est évidemment une allusion à Spinoza, qui recommande de voir les choses « sous l’aspect de l’éternité », mais Romain Rolland lui préfère le terme d’ « océanique » !

Celui-ci rappelle davantage l’éveil spirituel où l’on trouve fréquemment la comparaison entre l’océan (l’univers) et la vague (l’individu) comme métaphore de la dilution de l’individu dans l’univers.

Le sentiment océanique est donc un sentiment d’appartenance au Grand Tout. Il se réalise dans une fusion avec celui-ci et dans une dépossession de l’individualité.

Point de béatitude naïve dans tout cela ! Il s’agit davantage d’un état de pleine conscience face à la beauté du monde qui nous éclate aux yeux…. un état où l’on devient totalement perméable aux fééries du visible.

Certains paysages viticoles sont incontestablement sources d’un sentiment océanique. Face à eux, prenez alors le temps de déguster un petit verre de vin (de paysage of course !)… et vous découvrirez alors le sentiment oenocéanique…

« Cette semaine, j’ai pris le temps de déguster quelques petits verres de vin en pleine conscience… (…) Ce qui est passionnant (…), ce sont les débuts, les tout premiers stades, lorsque l’on perçoit que notre vision du monde change sous l’effet de ce que l’on boit. Passionnant d’observer ce qui se passe alors dans nos esprits : apaisement et légère euphorie, recul et relativisation de nos soucis, réceptivité, sentiment d’amitié avec le monde et de fraternité avec les autres humains. (…) Capables de vivre des débuts d’ivresses sans alcool, des étourdissements subtils devant la vie, le monde, le soleil qui se lève ou qui se couche, l’océan, les montagnes, un soir d’été, un ciel d’hiver, la lune ou les étoiles… » (Christophe André)

Par ces mots, le très médiatique Christophe André évoque sans doute le sentiment oenocéanique, où le verre de vin devient un catalyseur d’émotions,  un activeur d’émerveillement au monde qui nous entoure.

Je terminerai par ces mots de Jean-Claude Pirotte qui font écho à tout cela : « le monde ne doit son existence qu’au regard qu’on lui porte »...

Quelques paysages viticoles … indéniablement oenocéaniques…

 

Les vignes d’or (Château-Châlon)

Vignes dans les lapilli (Lanzarote)

 Vignes, résineux et genêts au pied de l’Etna (Sicile)

Des vignes folles en Italie

L’amphithéâtre de vignes d’Irancy (Yonne)

Vignes coiffées d’un cèdre centenaire (Piémont, Italie)

Vignes vertigineuses du Douro (Portugal)

Vignes du Vinho Verde (Portugal)

« Celui qui, une fois, a aperçu, même momentanément et brièvement, ce qui fait la grandeur de l’âme humaine ne peut plus être heureux, s’il se permet d’être mesquin, égoïste, troublé par des accidents banals, plein d’appréhension de ce que l’avenir peut lui réserver. L’homme capable de grandeur ouvrira toutes grandes les fenêtres de son esprit, laissant les vents y souffler librement, de toutes les parties de l’univers. Il aura de lui-même, de la vie et de l’univers, une image aussi véridique que nos limites humaines le permettent ; prenant conscience de la petitesse de la vie humaine, il se rendra également compte que dans l’esprit de l’homme est concentré tout ce qui peut avoir une valeur dans l’univers connu de nous. Et il verra que celui dont l’esprit reflète le monde devient en un sens aussi grand que le monde. En se libérant des craintes qui obsèdent l’esclave des circonstances, il éprouvera une joie profonde et, à travers toutes les vicissitudes de sa vie sociale, il restera, au plus profond de lui-même, un homme heureux. »

Bertrand Russell, La Conquête du bonheur

 

 

Sottimano, Il Baccho del Barbaresco

Itinéraire capiteux

Au cœur des douces collines verdoyantes des Langhe se love un superbe domaine viticole : le domaine Sottimano (http://www.sottimano.it/) ! Il couvre 18 hectares, intégralement situés sur les trois communes principales de l’AOC Barbaresco (Neive, Treiso et Barbaresco). Les vins élaborés par ce domaine sont authentiques, sincères, et très délicats.

Amphithéâtre de vignes au lieu-dit Cotta (sols argilocalcaires)

Le plus grand soin est apporté à la vigne pour préserver l’écosystème (aucun intrant, pose de nichoirs pour les oiseaux, couvertures florale et enherbée entre les rangs de vignes) : les images parlent d’elles-mêmes !

Assemblée de pissenlits dans la vigne

Le domaine privilégie une vinification peu interventionniste : fermentations naturelles (levures indigènes), macérations longues (1 an sur lie pour compléter la fermentation malolactique), élevages de 14 à 24 mois en barriques bourguignonnes (peu de fûts neufs, environ 10%), pas de collage ni de filtration. L’ajout de soufre est limité au strict nécessaire lors de la mise en bouteille.

Verdict de dégustation :

  • Au nez, on est vite bercé par une danse d’arômes : des effluves d’épices, des brassées de roses et de pivoines, des notes de tabac, de cuir, de menthol et d’eucalyptus…
  • En bouche, les vins sont charnus, et se distinguent par une grande noblesse aromatique : notes de cerises, de compotées de fruits rouges, de violette, de réglisse et de myrtilles en fonction des cuvées.

Toutes les cuvées du domaine sont portées par un fruit sain et mûr, et possèdent ce toucher de bouche qui évoque assurément les vins féminins de certains terroirs de la Côte de Nuits, où finesse et intensité se conjuguent (ex: Chambolle-Musigny)…

En définitive, le domaine Sottimano offre une gamme de vins où fraîcheur, finesse, élégance et complexité sont au rendez-vous. Des cuvées légères et délicates comme les fleurs de pissenlits…