Évocations picturales au domaine Ponsot

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

Pousser les portes de la cave du domaine Ponsot, c’est en quelque sorte pénétrer dans les réserves d’un musée des beaux arts. La cave recèle bien des merveilles, en voici sept …dégustées in situ au cœur de la Grande Bourgogne…

(Commentaires de dégustation : Rémi L. et François R.)

1/ Clos Saint Denis 2001

Robe brique. Nez avec de fortes notes de fruits rouges à noyaux, très kirché. Quelques notes giboyeuses. Bouche sur la finesse, avec des tannins soyeux, mais des notes d’évolution marquées par rapport à son âge. Un grand vin qui entame son dernier coucher de soleil…

Coucher de soleil à Pourville, pleine mer. Claude MONET

2/ Morey Saint Denis 1er Cru 1999 « Alouettes »

Belle robe rubis. Premier nez très expressif, très épicé (poivré), évoquant la syrah. En bouche,le vin développe une longue finale sur le poivre et le tabac. Un vin très charmeur et stylé, mais probablement au sommet, à boire sans attendre. Il procure actuellement un plaisir immédiat, on se pâme devant lui… une pâmoison renversante, qui tend au basculement du verre et du regard…

Le buveur, Annibal CARRACHE

3/ Chambolle-Musigny 1er cru Charme 2000

Robe grenat qui commence à briquer. Quelques notes animales au premier nez qui s’estompent ensuite. Le vin s’ouvre sur des petits fruits rouges : fraise, framboise avec un côté très bonbon.

Premier nez très ouvert, frais, très sensuel, avec de beaux arômes de rose fanée. A l’aération, on décèle des notes délicates de tabac mais qui restent très discrètes. En bouche, le vin oscille entre des arômes de fleurs et de fruits compotés. La finale est longue, portée par une belle fraîcheur.

Un vin séduisant, aérien, gracieux et délicat comme la corolle du tutu de mousseline des danseuses de Degas…

La danseuse, Edgar DEGAS

4/ Montrachet 2011

Robe or. Nez expressif mêlant l’acacia, les fruits à noyaux et une légère touche miellée.

Bouche très structurée, cristalline et florale, explosive avec une finale interminablement saline. Une magnifique vision du Montrachet, encore un peu sur la retenue mais dévoilant un sublime potentiel.

Une fulgurance, un éclat lumineux…

Hans HARTUNG

5/ Corton 2009

Robe violine d’une densité incroyable. Premier nez viril, sur un fruit noir très mûr, évoquant le menthol, le cacao. Bouche extrêmement puissante : fruits noirs très mûrs (cassis), chocolat amer. Les tannins sont extrêmement puissants mais nobles : ils demanderont encore 10 ans pour s’intégrer pleinement. Un monstre vineux en devenir : un gant de fer dans une main de velours, qui deviendra probablement sublime d’ici 10 ans.

Bref, un vin de feu signant une réelle vibration chromatique…

Bouteilles rouges, Nicolas DE STAEL

6/ Morey Saint Denis 1er Cru Monts Luisants 2000

Belle couleur jaune or pâle aux reflets verts. Au nez, on sent immédiatement un vin à la personnalité singulière, avec un léger coté encaustique, des effluves de fougère, d’acacia et de tilleul. Ce vin possède à la fois une belle minéralité et une belle rondeur. En bouche, on retrouve une belle plénitude : richesse et gras portent ce vin sur une finale de belle longueur, avec une acidité totalement intégrée. Un vin qui brille de mille feux…

Lever de soleil, William TURNER

7/ Clos de la Roche Vieilles Vignes 1999 

Le premier nez est très concentré, encore sur les petits fruits noirs. Puis à l’aération, on sent le poivre du sichuan, la girofle, la cannelle, et un léger coté animal (jus de viande).
La bouche développe une très belle matière : c’est soyeux comme la caresse d’une rose fanée, avec des arômes de pivoine, et une finale sur le tabac et le pruneau. C’est puissant, dense, avec de la mâche, mais les tannins restent remarquables de finesse.
A l’extrême caudalie, on perçoit quelques notes épicées, très charmeuses.
Incontestablement un grand vin qui se révèle au fur et à mesure de la dégustation en se transformant dans le verre. Un vin qui frôle la perfection… un vin divin, une merveille de la création !

Chapelle Sixtine, MICHEL-ANGE

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Le paradis d’Irancy

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

IMG_5631Le village d’Irancy se love secrètement au creux d’un vallon de l’Yonne. Ce vignoble qui vit dans l’ombre de Chablis mérite qu’on s’y attarde. En effet, il embrasse un paysage incroyable : il forme un véritable cirque de vignes (« un fer à cheval »), où à l’horizon, apparaissent les monts du Morvan.

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Tout autour du village, le fer à cheval égrène un chapelet de lieux-dits sur 170 ha, dont les parcelles les plus qualitatives s’appellent Paradis, Mazelots, Côte du Moutier, Paradis, Vaupessiot, et la célèbre Palotte… dont l’orientation « sudiste » et la pente forte est source de vins concentrés aux arômes de fruits des bois et de griotte.

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Ici règnent le pinot noir et le césar (implanté lors de l’invasion de la Gaule par les Romains) sur 3% de la superficie du vignoble. Actuellement, le césar (qui peut entrer à hauteur de 10% maximum dans une cuvée d’Irancy) a fortement régressé : c’est un cépage rustique (il donne des vins tanniques, âpres et canailles !),  dont on parle plus qu’on en boit !

Entre les rangs de vignes qui poussent sur un sol kimmeridgien comme à Chablis, alternent cerisiers et autres arbres fruitiers (un bel exemple d’agroforesterie). Au creux de ce cirque viticole, on trouve un village épargné par le temps, aux toits de tuiles pentus parmi lesquels émerge un solide clocher carré médiéval. Le clocher de l’église Saint-Germain, imposant pour un bourg de cette taille, rappelle qu’au Moyen Âge, les vignes d’Irancy appartenaient aux moines de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

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L’église d’Irancy (Jean Desmeuzes)


L’église d’Irancy
Garde le jour, la nuit,
Les caves et les granges.
L’église d’Irancy
Veille sur les vendanges.
Mais elle veille aussi
Sur le bois des tonneaux,
Sur les paniers à fruits,
Sur la ruelle où vieillit
La maison de Soufflot.
Elle garde les nids
Pour que tous les oiseaux,
Le temps venu, s’exilent
Et fassent, au coteau,
La fête des cerises.
Elle garde le vin
Dans les lourdes barriques,
Elle garde les biques
Comme un vieux capucin.
Elle garde les pierres
Des espoirs ancestraux,
Elle garde d’hier
Nos amours à huis clos.

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Il y a deux moments magiques qu’il ne faut pas absolument rater à Irancy : le premier, début novembre, lorsque le vignoble se pare de ses plus belles couleurs automnales, et le second, au printemps (avril) lorsque les cerisiers se livrent à une débauche de pétales blancs.

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Côté vignerons, voici à mes yeux le « big five » de l’appellation :

  • Domaine Colinot produit une large gamme de cuvées parcellaires, dans un style traditionnel mais terriblement attachant.
  • David Renaud est l’étoile montante de l’appellation : ses vins sont sur l’élégance et la finesse.
  • Thierry Richoux tutoie les sommets avec ses Vaupessiots de garde.
  • Domaine Goisot (qui se trouve dans le village proche de Saint-Bris-le-Vineux) produit un Irancy « Les Mazelots » très qualitatif, proche d’un Côte de Nuits village.
  • Quant à Vincent Dauvissat, célèbre vigneron de Chablis, il produit un Irancy de haute volée.
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Stéphanie Colinot

Actuellement les 2012 se goûtent admirablement bien, l’un des derniers grands millésimes de l’appellation… avant que la grêle ne vienne tout ravager en mai 2016…

 

 

Confidence pour confidence

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

Le milieu feutré du vin regorge de petites cachotteries qu’il n’aime guère divulguer. La mienne, sincère et que je hisse au rang des plus belles confidences vineuses, s’appelle Jacqueson. Un domaine bourguignon familial de la Côte Chalonnaise, qui produit des Rully blancs et rouges excellents, avec une grande régularité, en toute discrétion et à des tarifs imbattables… Les vins blancs de ce domaine brillent par un fruit très charmeur rehaussé de notes légèrement grillées en fin de bouche. Les jus sont intenses et portés par une trame minérale très pure. On oscille entre harmonie et finesse !  « Confidences pour confidences (…) J’en suis fous ! » comme dirait la chanson…

Voici une carte illustrant la palette des climats proposée par ce domaine :

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Les Rully blancs 2014 du domaine Jacqueson sont passés un an en fûts (dont 20% de fûts neufs) et se goûtent déjà incroyablement bien. Dans 4-5 ans, leurs deux plus belles cuvées (La Pucelle, Grésigny) seront incontestablement des grands vins capables de rivaliser  avec leurs homologues de la Côte de Beaune qui captent bien trop souvent la lumière des projecteurs (Puligny-Montrachet, Meursault) !

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Voici les tarifs pour leur millésime 2014 : quand je vous dis que c’est imbattable…

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Dépêchez-vous car il est fort à parier que dans quelques années,  les stocks de ce domaine ne pourront plus faire face à la demande…

Pour en savoir plus : http://jacqueson-vins.fr/

 

Domaine Sylvain Pataille, le renouveau du Marsannay

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

Un peu d’histoire… 

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Située aux abords de l’agglomération dijonnaise, l’appellation Marsannay a longtemps souffert d’un déficit de notoriété parce qu’elle produisait par le passé des vins populaires à base de … gamay !

Voici d’ailleurs ce qu’en dit en 1855 le Dr Jules Lavalle dans son ouvrage « Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’Or », qui dresse le premier inventaire complet des crus de la Côte-d’Or et indique la valeur des vins produits par les différents climats :

Marsannay: « Encore un territoire dont les climats de pinot ont diminué de jour en jour pour disparaître presque tout à fait. Il y a cinquante ans, on eût trouvé encore un nombre considérable de plants fins et quelques vins dignes d’être signalés ; mais depuis ce temps, la marche envahissante du gamet n’a point cessé de faire des progrès, et ne donne que des vins médiocres. »

A partir des années 30, le pinot noir refait son apparition à Marsannay. L’AOC communale est enfin obtenue en 1987, et depuis, dans une démarche d’amélioration qualitative de l’AOC, un dossier d’accession aux premiers crus a été déposé pour 14 climats ou lieux-dits cadastraux de l’appellation. Parmi eux, figure le Clos du Roy, une des plus belles parcelles de l’AOC Marsannay, qui se situe sur la commune de Chenôve, proche banlieue dijonnaise.

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Clos du Roy à l’automne

Par le passé, avant de subir « la marche envahissante » du gamay, le climat du Clos du Roy avait une très belle réputation. Pour preuve,  Jules Lavalle (toujours lui) classe le Clos du Roy en « secondes cuvées » (équivalent de nos actuels premiers crus), soit juste après les « têtes de cuvées » (grands crus).

Il faut dire que la parcelle du Clos du Roy a tout d’une grande : elle a une origine royale (elle appartenait au Duc de Bourgogne Philippe le Hardi himself), est orientée plein Est/Sud-Est pour recevoir les doux rayons du soleil levant, présente une belle déclivité dans sa partie haute (13%), et s’étend sur un sol marno-calcaire drainantQ. Bref, elle n’a rien à envier à certaines parcelles de Gevrey-Chambertin !

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Extrait d’ « Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’Or » (J. Lavalle)

Domaine Sylvain Pataille : 

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Sylvain Pataille ne manque pas d’idées et de talent, puisqu’il a réussi à magnifier le terroir des villes de Marsannay et de Chenôve. En 2008, il a même loué une partie de la vigne du « Chapitre », parcelle urbaine située aux portes de Dijon, et il y produit désormais un Bourgogne générique (appellation régionale) de très belle facture.

Chez Sylvain Pataille, le tri des vendanges est impitoyable, le pressage est doux et lent, une grande proportion des rafles est conservée (100% sur le Clos du Roy 2013) et les élevages (principalement en fûts neufs) sont longs (20-24 mois).

Ce qui saute immédiatement aux papilles, c’est la densité et la concentration en fruits de ses Marsannays rouges. Le Clos du Roy de Sylvain Pataille en donne une des plus belles illustrations. Ce vin est très concentré et présente des tanins très larges.

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En bouche, il présente une texture soyeuse et une belle fraîcheur (vendanges entières obligent). Il exhale des arômes de fruits noirs (cerise noire) et des notes d’épices (cannelle). La finale est croquante et particulièrement longue et juteuse. A l’aveugle, il évoque presque certains dolcettos ou nebbiolos du Piémont !

Chez Sylvain Pataille, on n’est clairement pas sur des pinots noirs aériens :  ses vins sont pulpeux et charnus en bouche.

Densité, concentration, maturité sont au rendez-vous. Il faut aussi savoir laisser du temps à ces vins pour qu’ils développent leur finesse…

Grâce à Sylvain Pataille, on sait dorénavant que la Côte de Nuits commence à Chenôve et même aux portes de Dijon !

 

Connaissez-vous le Clos Mobile ?

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

Avez-vous déjà goûté au Clos Mobile, ce célèbre Grand Cru de Bourgogne qui n’est pourtant pas répertorié dans la liste UNESCO des Climats de Bourgogne ?

Est-ce un Grand Cru confidentiel de la Côte de Nuits jouxtant le Clos Vougeot ?

Et bien non, le Clos Mobile est un Clos fictif, une œuvre d’art signée Nicolas Boulard 😉

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Quelques explications de l’artiste :

« Cette parcelle est conçue avec le même soin qu’un clos de grand cru, appliquant les préceptes de Jean-Antoine Chaptal publiés en 1819 dans son traité « L’Art de faire le vin » sur l’influence du climat, du sol, de l’exposition et du soleil sur le raisin. Le cépage utilisé dans le Clos Mobile est un Chardonnay qui, outre le fait d’être le plus répandu dans le monde (Europe, Chili, Californie, Australie, Afrique du Sud), a la particularité de donner des arômes très différents en fonction du terroir et de la vinification. Le Clos Mobile joue ainsi sur une ambiguïté entre terroir idéal et territoire mobile. »

Gloire aux Climats de Bourgogne inscrits à l’UNESCO !

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Je vous propose un petit texte pour célébrer les Climats de Bourgogne (leurs noms apparaissent ci-dessous en italique), « ce vitrail de vignes et de terre » selon Aubert de Villaine, et ainsi soutenir leur candidature pour l’inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO…

GLOIRE A LA BOURGOGNE….

A son Vieux Château de Vougeot sous Les Brouillards matinaux,

A ses Hautes Côtes et ses Combes ennuagées,

A ses Petites Chapelles et ses églises Romanee,

 A son Bel Air et ses Monts Luisants

A ses Clos et ses Grandes Vignes,

Qui déversent dans nos verres,

Les Gouttes d’Or et les Blanches Fleurs du Chardonnay,

Les croquantes Groseilles et les exquises Griottes du Pinot…

A ses Crus pleins de Charmes,

Dont les arômes vous transportent En Songe,

Parmi Les Sentiers de Chambolle-Musigny,

Dans La Grande Rue de Richebourg,

Au milieu des odorantes Bruyères d’Aloxe-Corton,

Dans le Bois de Chassagne et sous Les Pins de Vergelesses,

Parmi les Mouches de Beaune, les Renardes et les Grenouilles,

Et pour finir Sur les Grèves du Paradis

A ses Grands Crus,

Dont les caudalies vous mettent les papilles Sous Frétilles,

Et comblent Vaudésir de délicatesse et de caresses,

De quoi ranimer la flamme shakespearienne chez Les Montaigus !

Tout bu or not tout bu ?

Détrompez-vous, les Grands Crus

Ne sont ni des Vide-Bourses, ni des Redrescul !

Aux vins de la Romanée-Conti,

La Vache ! Quelle Montée de Tonnerre !

De quoi réveiller L’Homme Mort et en faire un Saint-Vivant !

De quoi aller danser toute la nuit au bal de la Nuits-Saint-Georges,

Ou chez Tonton Marcel à Chassagne-Montrachet,

Pour faire monter le Mercurey,

Et faire rougir les capiteuses Pucelles et les jolies Demoiselles de Puligny-Montrachet,

Pour enfin s’offrir un beau Meursault de Poulettes

Boire les vins de Bourgogne

Est un formidable Passetemps pour Montpalais,

Qui comme Narcisse, se plaît à regarder son reflet

Dans une gorgée de Bonnes Mares

Ponsothérapie…

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

« Die Welt ist im Frühling gemacht »Le monde est créé au printemps ») nous dit le poète allemand Angelus Silesius.

Hélas, à l’approche du solstice d’hiver, le printemps nous semble encore bien loin… Le ciel de décembre est bien souvent exsangue : la grisaille se succède à elle-même et jette son ombre sur la nature endormie.

Pourtant, un excellent remède vineux existe pour rallumer l’âme et la lumière des beaux jours, et ainsi ranimer un ciel bleu à la Magritte :

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Malédiction, René Magritte

md_99084_5a04a70139452eea27dc4b26e7a1b7bb« Boire un vin du domaine Ponsot durant l’hiver,

C’est ressusciter le Printemps dans nos verres ! »

En effet, vous sentirez monter en vous :

La gaieté primesautière du Pinson*,

Le grisollement jubilatoire des Alouettes*,

L’appel lancinant de la Mésange*,

La mélodie vespérale des Merles*,

L’effervescence exaltée des Abeilles*,

La stridulation joyeuse des Cigales*,

L’amour floral des Bourdons*,

L’appétit glouton des Grives* pour le raisin,

Et la saveur charnue des Griottes*…

* nom des cuvées du domaine Ponsot

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Les vins du domaine Ponsot vous ensorcelleront par leur bouquet printanier : une savoureuse gorgée de printemps et de nature en éveil, dans la triste grisaille de l’hiver !

Ce sont des vins avec qui vous vous coucherez le soir, qui illumineront vos nuits comme les célèbres vignes jaunes des Monts Luisants* (Morey-Saint-Denis), et que vous serez heureux de retrouver au petit matin.

Bref, oubliez la luminothérapie et optez pour la Ponsothérapie (… même si elle a un prix 😉 !)

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Eloge de la Bourgogne vineuse

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse
 
Avec tout d’abord cet hymne qui clame la suprématie vineuse de la Bourgogne, à travers un clin d’œil poétique …
« La majesté des soleils couchants emplit les vins de pourpre et d’or,
comme pour leur confier le soin de les décrire.
Ils s’en acquittent différemment.
 
Le bourgogne le fait en grands alexandrins.
Le bordeaux, en décasyllabes.
Et tant de petits crus frappent des vers libres d’une fantaisie délicieuse. »
Maurice Constantin-Weyer, L’âme du vin.
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Puis à travers ces mots d’Erasme qui nous rappellent que la Bourgogne est notre terre nourricière, cette louve qui nous allaite par ses divins nectars :
« O heureuse Bourgogne qui mérite d’être appelée la mère des hommes,
puisqu’elle leur fournit de ses mamelles un si bon lait ! »
Érasme, 1522
Capitole romain et musee romain, louve nourriissant Romulus et Remus 054a
Et enfin, ce petit texte de Philippe Claudel qui nous dit à quel point la Bourgogne vineuse peut parfois nous plonger dans un vertige émotionnel assez inégalable :
« Cet état de grande fébrilité, c’est bien celui qui a été le mien quand, pour la première fois, j’ai goûté un vin du domaine de la Romanée Conti. Oui, il y a eu toutes ces menues étapes, d’attente, de rêverie, puis de peur, de frisson, de tremblements, de sidération, de plénitude, et enfin de joie profonde.
(…) Tout cela a eu lieu dans un vertige de quelques minutes qui m’a fait me rapprocher de la beauté, qui m’a fait aussi comprendre que ce vin allait chercher au plus profond de sa matière, et de la mienne, sous la suie des jours et la lourdeur de nos vies, quelque chose d’immatériel et d’oublié, qui est la joie du monde et l’éventail de ses promesses. »
 
Philippe Claudel, Le domaine de la Romanée-Conti.

Le domaine de la Romanée-Conti : un domaine à l’esprit cistercien !

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Goûtez aux vins du domaine de la Romanée-Conti (DRC), c’est accéder au mythe, au Graal, au terroir béni des dieux vineux, aux vins des superlatifs, voire même aux vins orgasmiques! Souvenez-vous de ce qu’écrit Roahl Dahl dans Mon Oncle Oswald :

« Sense for me this perfume! Breathe this bouquet! Taste it! Drink it! But never try to describe it! To drink Romanée-Conti is equivalent to experiencing an orgasm at once in the mouth and in the nose ! »

Le génie de ces vins, c’est qu’ils parviennent à faire cohabiter deux principes contradictoires : la puissance et la finesse, la force et la délicatesse. Ils ont aussi une pureté d’expression et un supplément d’âme que peu de vins peuvent se prévaloir. Ils ont même une puissance poétique qui fait écho aux vers de Charles Baudelaire dans L’invitation au voyage:

« Là tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté ».

Dans Ciels changeants, menaces d’orages, Elisabeth Motsch compare l’atmosphère qui règne au domaine de la Romanée-Conti à celle d’un monastère clunisien :

« L’esprit qui y règne à quelque chose de monacal. Tout au domaine respire l’austérité. Les folies d’un soir, les plaisirs hédoniques, cela se passe ailleurs, loin. On fait là du vin comme s’il devait servir pour une grand-messe, comme une offrande divine. (…) Aubert de Villaine (cogérant du DRC) veille à la destinée du domaine comme le ferait pour sa communauté un grand prieur clunisien… »

Dans le dernier numéro de la Revue du Vin de France (février 2015), le géographe Jean-Robert Pitte écrit à propos des vins du DRC : « Leur élégance se révèle avec le temps et exige de ceux qui les dégustent une disponibilité et un silence intérieur qui sont les conditions d’une perception de leur finesse et de leur complexité ».

Il y a visiblement une mystique dans les vins de la DRC. Une mystique qui me paraît cependant plus cistercienne que clunisienne…

Alors en quoi les vins de la DRC sont-ils plutôt des « vins cisterciens », eux qui sont pourtant au départ le fruit du travail des moines clunisiens (vous savez, ces ennemis jurés des moines cisterciens, qui voyaient en eux des moines vivant dans une opulence incompatible avec les règles bénédictines) du Prieuré de Saint-Vivant ?

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La croix de la Romanée-Conti (XIVème siècle)

J’y vois au moins cinq raisons par analogie avec les préceptes de l’Ordre cistercien :

1/ La filiation

– L’Ordre cistercien fondé en 1098 à Cîteaux par Robert de Molesmes souhaitait revenir aux fondements de la règle bénédictine (modération, gravité, silence, austérité etc) écrite au VIème siècle par Saint-Benoît, patriarche des moines occidentaux. Il s’est donc construit en opposition à l’abbaye de Cluny, en voulant renouer avec une ascèse que les moines clunisiens avaient perdue de vue. Cruce et aratro (la croix et la charrue) seront les emblèmes des moines cisterciens. Forgé au sein de l’abbaye mère de Cîteaux, l’Ordre cistercien donna d’abord naissance à 4 abbayes filles, puis essaima à travers l’Europe via des centaines d’autres abbayes.

– Le DRC revendique aussi l’héritage du passé : fruit de 1500 ans d’histoire (les vignes ont été plantées après 1131, suite à la cession de terres par le duc de Bourgogne Hugues II aux moines du prieuré de Saint-Vivant), notamment à travers la sélection et la multiplication du pinot noir très fin hérité de l’ancienne Romanée-Conti, patrimoine génétique incomparable dont la finesse et la diversité conditionnent la pureté d’expression des vins produits. Comme le dit Aubert de Villaine, cogérant du DRC : « La fidélité, cela veut dire le respect de ce trésor qui nous a été transmis et dont nous sommes responsables. ».

2/ La simplicité

– Les moines cisterciens recherchent une relation simple avec Dieu. Rien ne doit les distraire de la prière. Le superflu n’a aucune part. C’est pourquoi les cisterciens sont souvent considérés comme les moines les plus austères. Cela se manifeste par l’absence de couleurs (dans les vitraux de leurs abbayes, translucides et sans images, jusque dans leur robe blanche, couleur naturelle du tissu) et par le refus de la stylisation de leurs abbayes (chapiteaux peu sculptés et dépourvus d’éléments figuratifs). Bref, avec eux, c’est le règne de l’épure, du dénuement !

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Vitraux de Pierre Soulages, abbaye cistercienne de Conques

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Abbaye cistercienne de Pontigny

– Lorsqu’on fait le voyage à Vosne-Romanée, on est immédiatement saisi par la simplicité de ce petit village. Au cœur de Vosne, le domaine de la Romanée-Conti semble concentrer sa modestie dans une sorte d’effacement: aucun panneau signalétique, rien de tape-à-l’œil dans les grilles du domaine. Voici d’ailleurs ce qu’en dit le célèbre écrivain Philippe Claudel :

« Ce qui frappe ici, et ce que j’aime, peut-être par-dessus tout, c’est que le spectaculaire n’est pas de mise. Il n’a pas sa place. On est d’emblée dans un autre jeu. Sans doute plus dépouillé, d’une grande discrétion, mais qui travaille en profondeur et dans le sérieux affiné des grandes causes. »

Le DRC est un mythe fait de simplicité et d’humilité à l’image de son gérant Aubert de Villaine :

« La vinification devra être la plus simple possible, mais à l’écoute du millésime dans ses détails. Le vigneron ne devra en aucun cas y apporter sa marque si ce n’est celle de sa méticulosité et de son respect. Mais rien n’est plus difficile que la simplicité, elle suppose que les raisins soient parfaits au départ ».

Jean-Robert Pitte le rappelle dans le dernier numéro de la Revue du Vin de France (février 2015) : « Les vins du DRC ne sont jamais dans l’exhibition. Là encore, c’est l’esprit de la proche abbaye de Cîteaux qui prévaut ».

Cette simplicité, on la retrouve enfin sur l’étiquette des bouteilles du domaine : une étiquette sobre à la blancheur cistercienne 😉

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3/ L’exigence

– La règle de vie des moines cisterciens est ascétique et par là-même, elle est très exigeante. Elle tourne autour de trois pôles :  la prière, le travail et la lecture. Ora et labora (Prie et travaille), telle est leur devise !

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– De la vigne à la cave, tous les acteurs du DRC ont cette obsession de la perfection et s’imposent donc aussi de grandes exigences.

« La qualité de l’équipe d’hommes et de femmes auxquels est confié le travail et dont les mots clés sont : rigueur, souci du détail, maîtrise des pratiques, minutie, patience et peut-être avant tout humilité. » (Aubert de Villaine)

4/ Le respect du terroir

– Le travail manuel est indissociable de l’activité des moines cisterciens (leur devise Ora et labora renvoie au travail de la terre). Conformément à la Règle de Saint-Benoît, les moines s’attellent à la mise en valeur directe de la terre pour vivre du travail de leurs mains. C’est ainsi que l’abbaye de Cîteaux acquiert des vignes dès 1098 et s’attache ensuite à l’exploitation et au développement du vignoble de la Côte de Nuits. En effet, sans compter les besoins en vin pour la célébration de l’Eucharistie, la Règle impose aux moines de boire du vin chaque jour à table avec modération.

La légende dit même que les moines cisterciens goûtaient la terre pour classer les terroirs. Ils furent ainsi les premiers à détecter l’extraordinaire diversité des terroirs bourguignons, qui produisent, suivant leur exposition et le substrat géologique, des vins différents les uns des autres et possédant chacun une identité propre. Les moines cisterciens ont donc développé une véritable philosophie du terroir, à l’origine de la délimitation des célèbres climats de bourgogne.

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– Au domaine de la Romanée Conti, le respect de la terre est aussi primordial. Il passe notamment par une approche biodynamique dans le travail des sols, comme le souligne Aubert de Villaine :

« Nous avons découvert que ce n’était pas la plante seulement qu’il fallait soigner et entretenir mais aussi et d’abord le sol. »

« Le sol d’un terroir est extrêmement complexe et fort à la fois, fragile et rempli de vie. C’est une somme d’êtres vivants. Avec des pesticides, on peut annihiler tout. »

« Le respect des sols et l’écoute de conditions naturelles qui sont un patrimoine précieux, mais fragile, et dont l’équilibre seul permet d’exprimer le talent. Un « climat » est un être vivant doué d’une dynamique admirablement précise, qu’il faut respecter et préserver dans un esprit de grande modestie. »

Il en résulte des vins ciselés, véritables âmes de leur terroir, dont la qualité se cherche dans la finesse, et dont la finesse s’épanouit dans une incroyable complexité.

5/ L’apostolat / la transmission

– Selon Benoît XII (Constitution Benedectina 1335), le Saint Ordre cistercien est « brillant comme l’étoile du matin dans un ciel chargé de nuages. » Une étoile qui a servi de référence pour de nombreuses communautés monastiques. L’apostolat des moines s’est d’ailleurs manifesté par le considérable essaimage de l’abbaye de  Cîteaux.

– Le DRC, par sa renommée internationale et la qualité incomparable de ses vins, brille dans le ciel bourguignon. C’est en quelque sorte l’étendard des vins de Bourgogne. Tous les vignerons de Bourgogne reconnaissent le DRC, comme étant un peu « l‘étoile du berger » (Ciels changeants, menaces d’orages, Elisabeth Motsch).  Voici d’ailleurs ce qu’en dit Pierre Morey, illustre vigneron de Meursault : « Aubert de Villaine représente les vignerons de Bourgogne et même les vignerons du monde entier » .

Le DRC joue un rôle essentiel dans la diffusion du vin de lieu (les climats), à travers la mission que joue Aubert de Villaine, en tant qu’ambassadeur des vins de Bourgogne et président de la candidature des climats de Bourgogne à l’inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Écoutons à nouveau la sagesse des mots d’Aubert de Villaine, ce formidable passeur de savoir :

« Je veux transmettre cette ambition collective. La Bourgogne est un territoire incomparable, nos vins sont reconnus mondialement. Cette inscription sur la liste de l’Unesco reflète notre volonté de conserver ce patrimoine et de le transmettre à nos enfants ».

« La retombée la plus importante est d’aider à ce que le territoire prenne conscience du patrimoine exceptionnel que l’Histoire lui a confié et le protège afin de le transmettre aussi intact qu’il l’a reçu. L’essence de cette candidature c’est la transmission. Nous devons transmettre ce patrimoine et cette ambition à ceux qui nous suivent. Et nous devons être conscients de la chance que nous avons. Nous ne sommes pas propriétaires de ces climats, mais des gardiens avec toute la responsabilité et l’ambition que cela implique. »

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PS : Pour soutenir la candidature UNESCO des climats du vignoble de Bourgogne : 

http://www.climats-bourgogne.com/

Klee des vignes !

Dithyrambe de la Bourgogne vineuse

 « Les paysages de vignobles forment une géométrie surprenante qui tient de l’œuvre d’art. Qui est une œuvre d’art. »

nous dit le poète Jean-Claude Pirotte (Les contes bleus du Vin).

Illustration parfaite avec « l’infini morcellement » des parcelles ou climats de Bourgogne (traduction bourguignonne du mot terroir), échiquier végétal à la géométrie rigoureuse et parfaite, véritable mosaïque de crus hiérarchisés qui épouse les ondulations du mille-feuilles géologique.

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En regardant ce fabuleux paysage des Côtes de Nuits où ravines et combes s’enchaînent entre les crêtes calcaires et la plaine de Saône, comment alors ne pas penser à certaines toiles de Paul Klee ?

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