Anjou : feu !

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Il est des chefs d’œuvre vineux :

… cet Anjou blanc « A Françoise » signé Thibaud Boudignon en est un !

Thibaud Boudignon a commencé à vinifier en 2009 :  son style s’inspire des grands Saumurs blancs du domaine du Clos Rougeard ou du domaine Guiberteau avec des vins fermentés et élevés sous bois pendant 12 mois (il utilise des fûts du célèbre domaine Ramonet en Bourgogne). Les vignes encore jeunes (1990) expriment déjà toute la minéralité du sous-sol schisteux.

L’expression du chenin sur schiste avait déjà été portée aux sommets par Eric Morgat. Thibaud Boudignon l’a rejoint, dans une approche un peu moins démonstrative.  Ses vins sont ciselés, portés par une salinité salivante. En filigrane, la roche-mère (le schiste) est bien présente : elle s’exprime par des notes de pierre à fusil et de silex frotté. Le jus est vibrant, ébouriffant de pureté et de minéralité vivifiante, avec une allonge remarquable. On oscille entre droiture cristalline, pureté jaillissante, et tension foudroyante…

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Pureté, Pierre Soulages.

Au nez et en bouche, on est confronté à une explosion de coings frais et de poires juteuses, dans laquelle s’immisce un bouquet de fleurs blanches.  Une petite note toastée révèle un boisé discret.

Les vins de Thibaud Boudignon sont délicats, subtils, et percutants. Ils possèdent l’épure, la fulgurance et la musicalité d’un haïku :

« La musique du haïku est le contraire d’une musique guerrière… pas de trompettes, à peine un bruit d’éventail, plié, déplié, quelques syllabes extraordinairement libres et légères…

un coup d’éventail imperceptible qui aura produit une onde capable de se propager à l’infini. »  (Philippe Jaccottet)

Thibaud Boudignon nous livre incontestablement une onde vineuse capable de se propager à l’extrême caudalie… par là même, il a définitivement mis Anjou les grands blancs de Bourgogne  !

Un vin de contemplation

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Les Aiguilles de Port Coton (Belle-Ile), c’est un peu la baie d’Along de la Bretagne. Paysage sublime, qui a inspiré les peintres impressionnistes, c’est ici que l’océan vient chaque jour goûter à la saveur la plus occidentale de l’Ancien Monde. Il y bave de toute son écume dans un chaos de vagues assourdissant, d’où émergent des dents de schistes noirs aux allures diaboliques.

En fin de journée, le spectacle est grandiose lorsque le soleil vient se noyer dans la mer.

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Les deux soleils de Port Coton

Pour rendre hommage au soleil disparu en mer, il convient alors de le faire briller dans le verre ! Et quoi de mieux qu’un vin blanc issu d’un terroir de schistes pour rendre hommage à ce paysage marin… , en ces termes si poétiques…

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Clos de l’ELU, IGP Val de Loire, cuvée Désirade, 100% sauvignon passé en fût. Un vin au boisé discret, rond. Une bombe de fruits jaunes (on dirait presque du chenin) !

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Yannick Amirault : des bourgueils de haute facture

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En ce début de Mai, le vignoble de Bourgueil porte encore les stigmates d’un tout récent gel tardif et assassin. Le coupable : un air froid couplé à un vent d’ouest porteur d’humidité. Certains domaines ont perdu les 2/3 de leur future récolte 2016… C’est le cas du Domaine Yannick Amirault…

Alors, faites un geste en ce printemps 2016, buvez du Bourgueil !

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En foulant ce sol de sable et de graves, on pense bien sûr au célèbre œnologue Jacques Puisais (même s’il préfère au Bourgueil le Chinon !), et surtout à Jean Carmet, natif de ce terroir. Voici en quels termes ce grand amateur de muflées ligériennes rendait hommage aux vins de Bourgueil dans la préface de la première édition (1992) du livre Grands et petits vins de France  :

« Voilà pourquoi les vins de Loire sont des vins simples qui s’expriment sans emphase. À condition qu’on les respecte, ils s’ouvrent pour vous offrir toutes les richesses de leur jardin. Ils aiment vous faire des surprises, vous attaquent quand vous les mâchez, vous embarquent dans leurs arômes, se rappellent à votre mémoire et, sans vous abandonner, tapissent votre palais de fraîcheur et de propreté. »

En montant vers le haut du village de Bourgueil, peu avant d’arriver au pied du coteau calcaire, on trouve le domaine Yannick Amirault, l’un des meilleurs domaines de l’appellation (à mes yeux, dans le top trois de l’appellation, avec le domaine de la Chevalerie et le domaine de la Butte). Yannick Amirault possède une vingtaine d’hectares sur les appellations Bourgueuil et Saint-Nicolas-de-Bourgueuil.

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Les vendanges sont manuelles, les raisins sont cueillis à de très belles maturités (point de verdeur, ni d’odeur « poivronnante » !) : on le ressent tout de suite dans les cuvées 2014 du domaine, intenses, pulpeuses, gorgées de fruits rouges croquants.

L’élevage se fait en fûts pendant 10 à 30 mois selon la cuvée.  Le domaine possède de nombreuses cuvées parcellaires qui illustrent dignement la palette de terroirs du bourgueillois.

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Petit coup de projecteurs sur deux cuvées (l’ensemble des crus du domaine sont facturés entre 13 et 20 euros… à bon entendeur !) :

  • Une cuvée sur l’appellation Saint-Nicolas-de-Bourgueil qui se déguste dans sa prime jeunesse, sur le fruit : « Les Malgagnes » 2013. Cette cuvée est issue d’une terre argileuse et de vignes de 50 ans. Ce vin est d’une grande finesse. Il est porté par des arômes de framboises et de griottes, dont les tanins sont très discrets (délicatesse du millésime 2013)… il « pinote » presque (confusion garantie à l’aveugle) !
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  • Une cuvée sur l’appellation Bourgueil, cuvée de garde dénommée « La Petite Cave ». Elle provient d’un terroir argilocalcaire. Le millésime 2009 est actuellement superbe à boire (fruits noirs bien mûrs, cacao, tabac…) ; par sa puissance et sa complexité aromatique, il fait concurrence aux grands crus classés de Bordeaux ! La cuvée 2014 a une belle fraîcheur et une concentration en fruit exceptionnelle, mais les tanins sont encore austères. Un vin à attendre et à boire dans 10 ans…IMG_5597

Jacques Puisais a raison : « un vin juste doit avoir la gueule l’endroit et de l’année où il est né, et les tripes du bonhomme qui l’a fait ». Les crus de Yannick Amiraut en sont une remarquable illustration.

Huîtres Brézé(es) !

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Le « Brézé » est un Saumur blanc, issu du cépage chenin. Cette cuvée tire son nom de la commune angevine du même nom, célèbre pour son superbe château de style Renaissance. Ce vin offre surtout l’une des partitions les plus intéressantes du terroir ligérien. En effet, le sol argilo-calcaire donne un vin structuré, salin, puissant et très aromatique.

Duo de Saumurs Brézé sur un accord Terre-Mer :

Il faut des mets iodés à base de coquillages pour mettre en valeur de tels vins. Des huîtres chaudes (rapidement braisées sur le feu de cheminée), beurrées, et parsemées de copeaux de saucisses sèches offrent un accord de choix !

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Saumur Brézé 2007 du Clos Rougeard : un très grand Brézé ! La robe, se pare d’un joli jaune d’or. Le nez est ouvert, frais et riche à la fois (beurré), sur des parfums de coings et de sésame grillé. En bouche le vin est parfaitement équilibré, entre richesse, fraîcheur et droiture. On retrouve des notes légèrement fumées, torréfiées (noisettes grillées). Une superbe trame acide porte ce vin très loin en bouche, sur une finale saline. Le boisé est parfaitement intégré, et se fond discrètement en bouche.

Samur Brézé 2011 du Domaine Guiberteau : vin expressif, gras, avec un boisé maîtrisé, et porté par une forte acidité. Un très bon Brézé en devenir.

Ces deux vins sont le fruit d’un élevage expressif, séducteur mais maîtrisé (contrairement à certains autres Saumurs blancs comme le Clos d’Entre les Murs du Château de Parnay). Ils sont denses, élégants, longs en bouche et développent une belle fraîcheur.

A l’aveugle, ces Saumurs Brézé évoquent incontestablement des grands chardonnays de Meursault ou Puligny-Montrachet. Certains trouveront peut-être ces vins trop éloignés de l’expression originelle du chenin ligérien… Pour ma part, j’y vois une interprétation du chenin, singulière et concluante !

Eloge de la verticalité !

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« Vitis vinifera, à l’origine, est une liane qui pousse en forêt. Elle monte à la cime des arbres pour chercher la lumière. Ses racines sont le miroir de sa dimension folière et, comme c’est une plante calcicole (elle aime le calcaire), elles descendent profondément dans le minéral, profitant des fissures de la roche mère. Dans les carrières de Comblanchien (Côte de Nuits), des racines de vignes ont été trouvées à 250 mètres de profondeur ! On peut ainsi comprendre ces forces de verticalité originelles. » (Jacky Rigaux)

Pour illustrer cela, je vous propose ce grand vin de terroir qui vous fera goûter aux « forces de verticalité » dont parle si savamment Jacky Rigaux.

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A mes yeux, ce vin fait partie de ceux qui tirent leur complexité de leur cheminement au cœur de la terre calcaire et qui une fois portés aux lèvres, vous portent aux nues… Bref, un vin qui relie la terre au ciel !

Montlouis-sur-Loire « Clos Habert » de François Chidaine : entre richesse et finesse !

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On ne présente plus François Chidaine, un des vignerons fer de lance de l’appellation Montlouis-sur-Loire, qui s’est converti très tôt aux approches biodynamiques. Ses vins se caractérisent par une grande finesse et une belle complexité…. et donc, les mêmes qualités que certains Grands Crus d’autres régions viticoles (mais sans les prix qui vont avec 😉 !

Exégèse du Montlouis-sur-Loire « Clos Habert » 2011 :

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Millésime : 2011, une année de sécheresse avec des vendanges précoces (1 mois avant !).  Il en résulte un vin « solaire »qui titre à 14,2%.

Cépage : 100% Chenin

Sol : cette cuvée « Clos Habert » est issue d’une parcelle de 3 ha située sur des argiles à silex (les fameuses « Perruches »), qui se caractérise par une proportion importante de silex. Cette particularité confère au vin une plus grande minéralité et un profil plutôt tendu.

Vinification et élevage : les raisins sont ramassés manuellement par tries successives. La fermentation alcoolique est réalisée directement en demi-muids de 600 litres. Il n’y a pas de fermentation malolactique. La fin de la fermentation alcoolique coïncide avec le début de l’élevage dans ces mêmes pièces de bois et sur des lies fines, pendant une durée de 11 mois.

Sucres résiduels : 10 g/l (=> catégorie demi-sec)

Examen visuel : robe dorée.

Examen olfactif : vin très expressif, minéral, légèrement vanillé, très fruité (citron confit, poire).

Examen gustatif : la sucrosité est parfaitement intégrée. Les fruits exotiques (mangue, ananas) côtoient les épices (vanille, curry). On y décèle des notes très finement boisées. Le vin est rond et opulent, tout en étant aérien et très digeste. L’équilibre acidité/sucrosité/boisé est parfait !  Un vin fin, complexe et salivant. La longueur en bouche est digne de celle d’un Grand Cru.

Garde : 10-15 ans (merci le sucre !)

Prix  : environ 15 euros (prix au domaine)

Accords : avec un plat asiatique épicé, avec une volaille marinée dans une sauce au curry. Sur des fromages à pâtes persillées.

Où le déguster ? Chez François Chidaine himself, dans sa sympathique cave insolite, le caveau de dégustation du domaine qui borde la Loire à Montlouis !

http://www.francois-chidaine.com/accueil/la-cave-insolite/

Eric Morgat : un chenin d’exception dans un écrin de schiste !

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« Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie. »

Cette phrase du poète perse Omar Khayyam, c’est la devise d’Eric Morgat, vigneron à Savennières. Et il est vrai que ses vins sont sources d’heureux instants !

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Poème d’Omar Khayyam sur la contre-étiquette

Eric Morgat s’est incontestablement hissé ces dernières années au sommet de l’appellation Savennières (à mon sens c’est actuellement l’un des tout meilleurs). Ses vins sont bien meilleurs et bien moins chers (pour l’instant car les prix commencent à grimper…) que ceux de Nicolas Joly, le leader médiatique de l’appellation Savennières avec sa Coulée de Serrant, dont les vins sont parfois décevants…

Les vins d’Eric Morgat sont l’expression parfaite d’un terroir sauvage et austère, baigné par cette douce lumière angevine qui permet au raisin d’arriver à parfaite maturité. La vigne pousse ici sur les premiers contreforts du Massif Armoricain : une terre de schiste ou de pierres volcaniques, pauvre, sans calcaire ni argile. La Loire et ses coteaux dévie souvent les nuages : il en résulte une pluviométrie faible, malgré  l’influence océanique qui souffle un air doux et humide.

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Schistes

Le domaine Eric Morgat

A fur et à mesure de petits rachats successifs de terres en friche et de parcelles abandonnées, le domaine s’est constitué un patrimoine d’environ 6 ha de très beaux terroirs sur les coteaux pentus de Savennières (essentiellement des grands crus très bien exposés : La Roche aux Moines, La Pierre Bécherelle, Clos Ferrand).

Classement des parcelles de Savennieres

Le domaine est conduit en agriculture biologique. Les rendements sont très faibles. Les fermentations malolactiques sont partielles. Les élevages de 22 mois sont réalisés en fûts de chêne de 400 litres pendant un an (20% de futs neufs) sans soutirage, et avec batonnage. Quelques semaines avant les vendanges manuelles suivantes, les fûts sont assemblés en cuve, et le vin y reste encore un an sur lies fines.

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Clos de la Pierre Bécherelle (domaine Eric Morgat)

« Si le vin était musique,

Alors le terroir en serait la partition, contenant le génie de la création, retenant l’empreinte de son créateur,

Le cépage par le souffle du climat, comme un instrument,

donnerait une sonorité à cette musique.

Le vigneron en serait le chef d’orchestre, coordonnant les mouvements, suivant la musique, lui donnant son rythme.

Il ne crée rien, il n’invente rien, il met en forme une œuvre qui le dépasse pour la rendre accessible, belle et émouvante. » (Eric Morgat)

L’Enclos 2010, un grand cru époustouflant :

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Clos de la Pierre Bécherelle (domaine Eric Morgat)

Le millésime 2010 signe chez Eric Morgat des Savennières proches de la perfection, au boisé bien digéré, à la puissance contenue, aériens et complexes. Il faut savoir que par le passé, certains de ses vins étaient peu harmonieux : parfois lourds et trop marqués par le bois. Eric Morgat a donc su trouver un équilibre dans ses vins, désormais mieux construits.

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Examen visuel : Robe soutenue à la couleur jaune citron (caractéristique du chenin) et aux reflets or blanc.

Examen olfactif : Nez très expressif de cire, de miel, de coing. On y décèle des arômes fruités de pêche, de nectarine, mais également des notes de fleurs blanches (chèvrefeuille, tilleul et camomille), ces témoins aromatiques de l’AOP Savennières.  Quelques notes toastées, fumées, d’amandes grillées complètent cette palette aromatique.

Examen gustatif : Attaque franche et nerveuse. Un vin plutôt tendu et minéral (schistes obligent), enrobé d’un gras onctueux. Le vin fait état d’une très belle matière soutenue par un léger boisé. Il est extrêmement élégant et puissant. La finale est très longue : elle se termine sur une fraîcheur ligérienne presque saline, et sur des amers qui rappellent ceux du houblon, une caractéristique que l’on retrouve souvent à Savennières.

Conclusion : Un vin salivant, précis, très complexe. Un vin idéal à tester en guise de vin pirate au milieu d’une dégustation de grands crus de Chablis ou de premiers crus de Meursault.

Garde : 10-15 ans

Prix : 26 euros ( Fidès 2012 : 38 euros)

Accord parfait : Un plat de haute gastronomie : un suprême de volaille en sauce, un homard ou un sandre au beurre blanc.

Où le déguster : en pleine nature évidemment 😉 à Bouchemaine, au niveau de l’embouchure du Maine et de la Loire !

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En 2012, la cuvée L’Enclos (au départ monoparcellaire, puis progressivement complétée par d’autres parcelles) a été remplacée par la cuvée Fidès qui est composée d’un assemblage des plus belles parcelles « schistiques » (Clos Ferrand, Roche aux Moines et Pierre Bécherelle). Si vous achetez cette cuvée, patientez au moins 5 ans avant de la déguster afin de profiter pleinement du potentiel incroyable de ce vin.

Plus d’infos sur ce domaine sur le site web d’Eric Morgat illustré de superbes dessins et de belles photos pleines de nature et de poésie : 

http://www.ericmorgat.com/

 

 

Mon vin d’aôut !

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Longue journée ensoleillée d’été sur la côte malouine…. la chaleur carnassière rend le sable brûlant. Une légère brise marine vient lever quelques embruns et rafraîchir l’air. Au loin, dans la rade constellée de rochers, une silhouette blanche ondule au-dessus des flots calmes et butine par intermittence la surface de la mer : c’est la sterne pierregarin, plus couramment appelée « hirondelle des mers » en raison de ses longues rectrices effilées et de la grâce de son vol aux battements élastiques. Attablé sur les remparts de Saint-Malo, la douzaine d’huîtres de Cancale arrive enfin sur la table… le choix est fait, ce sera un Muscadet Amphibolite Nature 2011 (100% Melon de Bourgogne) du domaine Jo(seph) Landron, compagnon idéal des saveurs océanes (autour de 9 euros) !

Jo Landron c’est LE vigneron qui vous réconcilie immédiatement avec les vins de l’AOP Muscadet (dont certains vous laissent des stigmates gastriques ad vitam aeternam…) ! Il promeut des pratiques biodynamiques respectueuses et l’expression fine de son terroir (ô combien complexe d’un point de vue géologique…):

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« Pour moi le Muscadet doit être l’expression fidèle de son terroir traduit par sa signature minérale, la richesse et l’originalité de notre vignoble réside dans sa diversité géologique et microclimatique. Seul le travail du sol et le respect de la vigne par une culture biologique permettent d’exprimer la pleine personnalité. » (www.domaines-landron.com/)

Sa cuvée « Amphibolite » est élaborée sur un sol de roches métamorphiques du massif armoricain qui se sont formées lors de l’effacement des océans. Ces amphibolites confèrent une minéralité cristalline au vin. La cuvée contient très peu de sulfites, et titre à seulement 11% d’alcool.

Cette cuvée est un véritable « blanc de soif » : du bon jus, un vin léger et perlant (en raison de son élevage sur lies pendant 4 mois) qui vous envoie immédiatement un shoot de vivacité et de fraîcheur qui vous défrise les papilles ! Minéral, citronné, iodé, c’est un vin idéal pour accompagner les huîtres.

Bref, un vin de corsaire au plaisir jubilatoire ! Parfait pour répondre à l’appel du large…

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« Anjou Villages Brissac » ou l’expression schistique du cabernet sauvignon

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L’AOP « Anjou Villages Brissac », de création récente (1998), est une sous-appellation de l’AOP « Anjou ». Les terrains des Coteaux-de-l’Aubance délimités dans cette appellation s’étendent sur environ 100  hectares de pente douce et une dizaine de communes, dont Brissac-Quincé, célèbre pour son magnifique château aux accents baroques (surnommé le « Géant du Val de Loire ») et qui est accessoirement le plus haut château de France (7 étages) !

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Le terroir est propice à l’élaboration de vins rouges qualitatifs réputés de garde (8 à 10 ans), qui sont bien souvent à un excellent rapport qualité prix. Il est situé dans les contreforts orientaux du Massif Armoricain : on le nomme « l’Anjou noir » car il est composé de schistes ardoisiers (par opposition à « l’Anjou blanc », qui est formé de sols calcaires (tuffeau) issus de l’extrémité sud-ouest du bassin Parisien).

Cette appellation produit exclusivement des vins rouges issus des deux cépages cabernet : le cabernet franc, cépage ligérien par excellence, et le cabernet sauvignon beaucoup plus connu en terre bordelaise. Le cabernet sauvignon moins exigeant en eau que le cabernet franc se plaît sur ces terroirs schisteux (la disponibilité en eau y est plus réduite, ce qui oblige les racines de la vigne à descendre en profondeur via les failles du schistes pour y puiser les ressources trophiques adéquates). Il en résulte des vins particulièrement complexes et racés.

L’AOP « Anjou Villages Brissac » possède deux grandes particularités :

1 / Elle est la seule AOP des vins rouges de Loire à produire des vins issus à 100% de cabernet sauvignon ! Le cabernet franc confère à ces vins de la finesse, une structure souple et veloutée, tandis que le cabernet sauvignon leur assure une puissante charpente et une grande richesse de tanins, les prédisposant ainsi à devenir d’excellents vins de garde.

2/ Les conditions pédoclimatiques des vallons de l’Aubance font que le raisin arrive tôt à maturité (ce n’est pas pour rien qu’on produit ici aussi d’excellents vins liquoreux à partir du chenin surmûri). Les baies sont récoltées à maturité avancée, d’où les arômes de fruits noirs que l’on retrouve systématiquement à la dégustation.

Au final, on obtient des vins rouges complexes, charnus, tanniques, de couleur sombre aux arômes de fruits noirs, aux notes animales et empyreumatiques (café, cacao). A l’examen visuel, la couleur (robe d’un grenat sombre et profond) ferait rapidement penser à un vin issu de cépages noirs comme le mourvèdre ou le carignan. En bouche, le vin est concentré, doté d’arômes puissants et de tanins de velours. Résultat : il est impossible de deviner qu’on a affaire à un vin d’Anjou… Tout est réuni pour planter à l’aveugle un dégustateur averti !

A titre personnel, je n’aurais jamais pensé qu’un vin rouge de Loire puisse produire des vins si déroutants : jusqu’à présent, j’assimilais plutôt le vin d’Anjou à un sympathique vin de table…  Mea culpa, mea maxima culpa…

En guise de repentance vineuse, voici ma sélection de quelques unes des plus belles expressions des cépages cabernet mûris sur ces sols schisteux :

NDLR : Of course, pour mieux les apprécier, on veillera à déguster ces quelques vins avec un pigeonneau rôti ou un canard laqué, ou encore un gibier baignant dans une sauce au sang !

Anjou Villages Brissac, Château princé, 2009

http://www.chateauprince.fr/

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Terroir : Quartz et graves sur sous sol de schistes

Cépage : 100% Cabernet Franc

Dégustation :  Arômes de fruits noirs, très mûrs. Arômes de réglisse et de zan. Notes empyreumatiques (caramel, fumé). Un vin rond en bouche, aux tanins racés, et qui développe une très belle longueur.

Domaine de Bablut, Anjou Villages Brissac cuvée Rocca Nigra, 2009

www.vignobles-daviau.fr/

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Cépage : 100 % cabernet sauvignon (raisins récoltés très mûrs)

18 mois d’élevage en fûts, 50 jours de macération !

Dégustation : Arômes de mûres, de myrtilles, et de réglisse. Notes clairement animales (cuir). Vin présentant une belle matière veloutée. Vin puissant, torréfié (moka, cacao).

Domaine des Rochelles, Anjou Villages Brissac cuvées Les Millerits, 2010

www.domaine-des-rochelles.com/

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Cépage : 100% cabernet sauvignon

Élevage en fûts de chêne pendant 12 mois

Dégustation : Vin très concentré, arômes de fruits mûrs quasi confits, de réglisse, et de tabac. La bouche est le reflet des impressions olfactives avec la même densité et la la même richesse d’expression. Beaucoup de finesse dans le grain du tanin (vin très soyeux). Très belle finale inextinguible où règnent sereinement les fruits et les épices. Assurément, le plus « médocain » des anjous !

Domaine des Rochelles, Anjou Villages Brissac cuvée la Croix de Mission, 2010

Cépage : 90% cabernet sauvignon, 10% cabernet franc

Élevage en cuve inox pendant 1 an

Dégustation :  Arômes de fruits rouges (cassis, mûre) et de fruits noirs rehaussés par une nuance subtile de réglisse. En bouche, le vin est moelleux et velouté et propose une belle puissance aromatique.

Au fil de la Loire : du Sancerre au Muscadet…

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J’ai eu le plaisir d’organiser ce vendredi une dégustation ayant pour thème les « vins blancs secs de Loire » à Mareau-aux-prés (45), au cœur de l’AOP Orléans-Cléry.

L’objectif de cette dégustation était d’illustrer la grande diversité des vignobles ligériens entre Sancerre et Nantes (environ 800 km) : diversité climatique (océanique, continental), diversité géologique (sols sableux, argilocalcaires, crayeux, schisteux, volcaniques), diversité ampélographique (sauvignon, chardonnay, pinot meunier, chenin, romorantin, melon de bourgogne) et diversité des pratiques viniviticoles !

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Nous avons dégusté 7 vins issus de 6 cépages, presque tous signés par des artisans-vignerons. Dans l’ordre d’apparition :

Vignobles Centre-Loire

1/ AOP « Sancerre » Les Chasseignes 2012 du Domaine du Pré Semelé

Cépage : sauvignon

Terroir : pierreux à caillottes kimméridgiennes

2/ AOP « Menetou-Salon » 2010 du Domaine Isabelle et Pierre Clément

Cépage : sauvignon

Terroir : calcaires kimméridgiens

3/ AOP « Orléans-Cléry » 2012 de la Cave coopérative de Mareau-aux-prés

Cépage : dominante de pinot meunier, chardonnay

Terroir : limons sableux

Vignobles de Touraine :

4/ AOP « Cour-Cheverny » cuvée François Ier vieilles vignes (75 ans) 2007 du Domaine des Huards

Cépage : romorantin

Terroir : sol sableux avec argiles et calcaires en profondeur

5/ AOP « Vouvray » sec 2009 du Domaine d’Orfeuilles

Cépage : chenin

Terroir : tuffeau (craie blanche) surmonté argiles à silex (perruches)

Vignobles de l’Anjou-Saumurois

6/ AOP « Savennières Roche aux Moines » 2010 du Château Pierre-Bise

Cépage : chenin

Terroir : schistes ardoisiers et schistes carbonifères du massif armoricain

Vignobles du Pays Nantais

7/ AOP « Muscadet Sèvre-et-Maine » Expression d’Orthogneiss 2010 du Domaine de l’Ecu

Cépage : melon de bourgogne

Terroir : roches métamorphiques du massif armoricain : gneiss, granite

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Les 9 participants ont décerné les 3 meilleures notes aux vins suivants :

1/ AOP « Muscadet Sèvre-et-Maine » Expression d’Orthogneiss 2010 du Domaine de l’Ecu :  16/20  (prix : environ 11 euros)

Vin cristallin, iodé, fumé, salin, aux arômes de pamplemousse rose et de noyau d’amandes. Un vin qui réconcilie avec l’appellation Muscadet, tant il est le fruit d’une fine expression du terroir volcanique.

www.domaine-ecu.com

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2/ AOP « Savennières Roche aux Moines » 2010 du Château Pierre-Bise :  15/20 (prix : environ 12.50 euros)

Vin complexe, rond (sucre résiduel) et puissant, aux arômes de tilleul, d’acacia, aux notes de miel et de fruits mûrs. Un vin à la limite de l’oxydatif, ce qui n’a pas échappé au palais aiguisé de certains participants pour qui, ce vin évoque un peu le goût du vin jaune. Un participant l’accompagnerait volontiers d’un Epoisses tant ce vin est long en bouche et puissant !

www.chateaupierrebise.com

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3/ AOP « Menetou-Salon » 2010 du Domaine Isabelle et Pierre Clément :  14,5/20 (prix : environ 8 euros)

Vin magnifiquement vinifié qui démontre la qualité de cette appellation (qui pâtit de la notoriété de Sancerre). Le vin est très expressif : après 4 années de garde, on obtient un vin très fruité, aux arômes exotiques d’ananas et de fruits de la passion.

www.clement-chatenoy.com

(NDLR : leur cuvée Pierre Alexandre est extraordinaire…)

97855840

Enfin, une mention spéciale a été attribuée au Cour-Cheverny cuvée François Ier vieilles vignes 2007 (domaine des Huards), pour son originalité (notes de mirabelles et de coing, fraîcheur mentholé en fin de bouche). Ce vin a été jugé, complexe et racé, et très atypique. Au final, une belle découverte pour tous les participants, qui n’en avait jamais bu ! Pour la petite histoire, sachez que l’origine du cépage romorantin remonterait à François Ier qui fit venir 60 000 pieds de vigne de bourgogne pour les faire prospérer non loin du château de sa mère, Louise de Savoie, à Romorantin. Ils furent plantés à l’automne 1517. Aujourd’hui, l’AOP Cour-Cheverny est une minuscule appellation de 50 hectares…

Un grand merci à Christian et Martine, nos hôtes d’un jour !