Un vin huppé !

Les oiseaux du vin

Domaine MONPLEZY

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Ce domaine familial est situé sur une colline près de Pézenas, au cœur d’une zone Natura 2000. Les vignes sont en AOC Côteaux du Languedoc-Pézenas.

Le domaine est en agriculture biologique, et vient de se lancer en biodynamie. Il présente également la particularité (peu courant dans le milieu viticole) d’être un Refuge LPO (Anne Sutra de Germa, la gérante, est militante à la Ligue de protection des oiseaux). Pas étonnant que la huppe fasciée soit le symbole de ce domaine et que les pratiques viticoles prennent soin de la biodiversité.

Vous prendrez bien un canon huppé ?

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Oiseau migrateur, la huppe fasciée arrive courant Mars à Pézenas et repart en Afrique subsaharienne en septembre après la nidification. Pour satisfaire les exigences de la huppe, le domaine Monplezy entretient les vieux arbres à cavités et les haies champêtres, véritables corridors écologiques (un bel exemple d’agroforesterie). Ces derniers abritent des insectes ou des petits invertébrés dont la huppe fait un festin !

La huppe porte bien son nom : c’est incontestablement le plus huppé des oiseaux ! Pourtant c’est son chant – houpoupoup’- qui lui a donné son nom latin. Quelle merveille que cet oiseau dont le plumage révèle bien des accents exotiques : ses ailes aux zébrures noires et blanches qui semblent copier celles du célèbre équidé d’Afrique, et sa coiffe de plumes d’un roux ferrugineux, qui tressaille et s’agite, s’étale et se replie, semble avoir été empruntée aux rois Mayas.

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Oiseau sale et diabolique dans la symbolique du peintre Jérôme Bosch, la huppe a souvent eu une réputation d’oiseau malpropre « couvé et nourri dans la merde » pour reprendre une expression moyenâgeuse. Certains bestiaires de l’époque la qualifiaient même d’avis spurcissima (oiseau immonde)…

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En effet, la huppe est « cavicole », elle niche dans un trou d’arbre qu’elle souille abondamment de restes alimentaires et de déjections (elle a coutume d’enduire son nid d’excréments d’animaux) et qu’elle ne nettoie guère : les abords dégagent toujours une odeur pestilentielle. De telles pratiques lui ont valu une place de choix dans la symbolique de la saleté, à tel point qu’elle sert de comparant dans l’expression « être sale comme une huppe ». L’histoire retiendra d’ailleurs que le qualificatif de salope, vient de « sale huppe », ou « sale hoppe » (forme dialectale régionale du mot huppe) !

La première trace écrite du mot « salope » figure dans un poème du dieppois Charles Timoléon de Sigogne, Le pourpoint (in Œuvres Satiriques, 1607) :

« Or laissons paîstre ceste trouppe [de poux]

 Garnison du pauvre salouppe,

En ce vieux haillon de pourpoint »

NB : le substantif « salouppe » serait un mot construit par sale et hoppe (forme lorraine de huppe).

Gare toutefois à cette vision réductrice de ce bel oiseau ! N’oublions pas que la littérature a fait l’éloge de la huppe : d’abord Aristophane dans sa comédie Les Oiseaux où elle joue le rôle central d’oiseau rassembleur, puis dans le magnifique texte persan La conférence des oiseaux où la huppe, en oiseau guide, exhorte ses congénères à partir en quête du légendaire oiseau-roi Simorgh. Bref, la huppe fasciée a tout d’un oiseau mythique ! Mais revenons-en à nos raisins languedociens : qu’en est-il des vins du domaine Montplezy ?

La cuvée PLAISIRS 2014

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Terroir :  sols rouges de graves et d’argiles sablograveleuses (dépôts du Villafranchien)

Cépages : Cette cuvée est issue d’un assemblage de cépages languedociens : carignan, syrah, grenache, cinsault.

Vendanges manuelles entières.

Macération carbonique : particularité du Languedoc, le carignan (cépage tardif, et de fait très astringent) fait l’objet d’une macération carbonique (raisins entiers placés à chaud et dans une atmosphère saturée en C02) comme dans le Beaujolais. Cette macération est un véritable exhausteur d’arômes fruités, qui permet également d’assouplir les tanins astringents du carignan.

Impressions de dégustation : Des arômes de petits fruits noirs (myrtilles),  sur fond d’odeurs de garrigue (thym, romarin), d’eucalyptus, et de notes poivrées.

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Un vin très fruité, aux tanins souples et veloutés (merci la fermentation carbonique). Un vin gourmand, équilibré, très gouleyant, qui met en lumière une vinification totalement maîtrisée.

Il est toutefois peu puissant en bouche : à 7 euros, il ne faut pas trop en demander  !

 

 

 

 

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Noms d’oiseaux !

Les oiseaux du vin

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Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce texte savoureux du grand écrivain Gérard Oberlé, paru dans son livre Émilie, une aventure épistolaire. Il y est question d’oiseaux et de fantaisies verbales…, mais aussi un peu de vin (forcément !).

« ça y est, chère Émilie, l’été va déposer le bilan et, dans une quinzaine, finies les calamités estivales, les vacanciers en bermuda, les bulletins météorologiques pour baigneurs, les vide-greniers pouilleux et autres cauchemars folkloriques!

Rat des champs, j’ai toujours boudé l’été qui fleure le Syndicat d’initiative et le journal de 13 heures associés. Je préfère l’automne, cycle de métamorphoses puis d’évanouissement avant le sommeil d’hiver. Un regret cependant: le départ des oiseaux de mon parc. Les hirondelles se rassemblent, les sarcelles font leurs derniers tours dans l’étang, et vous aussi, ma petite mésange, vous allez bientôt quitter la région pour votre lointaine Faculté. 

Je vous appelle ma petite mésange avec la familiarité caressante de W. C. Fields qui donnait du my little chickadee à ses girondes partenaires. Pardonnez-moi, ça n’est que fantaisie verbale et affection! Et puisque nous en sommes aux amusements philologiques, examinons un peu le rayon ornithologique. La langue française a usé rondement du monde avien pour filer des métaphores tour à tour aimables et injurieuses. Dans le langage populaire «oiseau» signifie individu douteux, et si l’on dit de celui-ci: Voilà un bel oiseau! ou que l’on qualifie cet autre d’oiseau rare, c’est généralement avec ironie. 

Dans le catalogue des allégories ornithologiques, certaines filles ou femmes sont classées poules, pies, oies, bécasses ou dindes, voire grues ou échassières, pour dire qu’elles sont entretenues, bavardes, sottes ou publiques. Rassurez-vous, ma grandette, les mâles aussi peuvent s’habiller de plumes, celles du serin, de la linotte, de la pintade ou encore du coq, du corbeau et du vautour. Il leur suffit d’être jeunes et bêtes, écervelés, efféminés ou bien bagarreurs et arrogants, délateurs ou rapaces. Enfant, lorsque je rentrais couvert de boue après avoir pataugé dans les mares, ma grand-mère lorraine disait: «Va te débarbouiller, Schmutzfink!» (littéralement: sale pinson). Pourquoi pinson, ce gai mélomane, pour qualifier un jeune sagouin?

Le gibier à plumes est assez bien personnifié dans cette comédie aristophanesque où la farce se joue entre pigeons et faisans, triples buses, perdreaux, butors, bécasses et bécassines. Le miroir aux alouettes? Un assortiment de traquenards, appeaux et leurres que la société tend aux ambitieux mal outillés. Dans le grand théâtre de la comédie humaine, les béjaunes (becs jaunes) et les blancs-becs incarnent sans relâche les rôles des jeunes premiers innocents ou péteux. Heureux qui jamais n’a joué le dindon de l’universelle farce des activités humaines! Amour, gagne-pain, doctrines ou affaires: vaste duperie! Avec les bergères et les mignons, j’ai toujours été prévenant et magnanime, mais que Dieu me patafiole si je ne fus dindonné régulièrement. Sans doute faut-il, pour nicher ensemble, être moineaux du même plumage. Certains gibiers furent moins brocardés que d’autres. La caille est chanceuse, car rarement évoquée de façon péjorative. On lui colle volontiers les adjectifs grasse, ronde et chaude, parce qu’elle symbolise le confortable embonpoint et l’ardeur amoureuse. «Ma petite caille» désigne aussi bien l’enfant potelé que la coquine qu’on veut entraîner dans un bosquet. La caille est chaude en effet, ma chère Émilie. Deux de mes voisins célèbres l’ont constaté: Buffon qui déclara: «Il y a plus de chaleur dans les cailles que dans les autres oiseaux» et Antoine Mizault, un médecin-astrologue bourbonnais du XVIe siècle auquel on doit cette bizarre recette magique: «Maris qui voulez être aimés de vos femmes, femmes qui voulez être aimées de vos maris, prenez un couple de cailles dont vous extrairez les coeurs pour les porter sur vous: le coeur du mâle pour la femme et celui de la femelle pour le mari.» Je ne connais qu’une expression dévalorisante, désuète aujourd’hui, celle de «caille coiffée» pour signaler une femme légère. 

Si un garnement vous trouve «chouette», il s’exprime, sans le savoir, en épigone de Rabelais, «Ma femme sera coincte et jolye comme une belle petite chouette». 

En soyeuse chevêche vous me plairez certes, car, bon lettré, je vénère l’oiseau de Minerve, mais c’est en colombelle de Ronsard que je vous aimerais. 

Ma petite colombelle
Ma petite toute belle
Mon petit oeil baisez moy
D’un baiser qui longtemps dure… 

(Recette de) Cailles crapaudines
Ouvrir les cailles du dos au bec, les aplatir. Mariner 24 heures dans du jus de citron avec ail, poivre et huile d’olive. Les rôtir au grill sur les deux faces. Saler après cuisson. Un vouvray pour les cortéger!  »

… sans aucun doute, un Vouvray de François Chidaine,  vu l’affection que porte Gérard Oberlé à ce talentueux vigneron !

Octobre : en quête de la Mordorée…

Les oiseaux du vin

Retour de promenade dans la forêt de feuillus parés d’ardentes couleurs automnales, l’humidité commence à envahir l’atmosphère et les lumières cuivrées s’éteignent progressivement. La forêt exhale une odeur de mousse et de champignons. Dans le ciel couchant, les peupliers dénudés semblent jouer les coraux.

Soudain, dans un vrombissement d’ailes, une ombre vespérale slalome entre les rangées d’arbres, puis s’évanouit. C’est la bécasse des bois, la mystérieuse reine de la forêt qui effectue sa passée du soir (moment où elle quitte le bois et se rend dans des pâturages pour se nourrir frénétiquement de lombrics)…

En journée, elle se blottit au milieu d’un tapis de feuilles mortes, et devient alors invisible en raison de son plumage mimétique qui possède une coloration d’un brun foncé aux reflets dorés. C’est en raison de ce plumage si particulier, qu’on l’appelle aussi « la mordorée ».

La bécasse – dénommée aussi « la demoiselle au long bec » dans la poésie cynégétique 😉 – « est un oiseau discret, très difficile à trouver » explique Paul-Henry Hansen-Catta, le rédacteur en chef du magazine Plaisirs de la chasse. « Un gibier de puriste pour chasseur délicat. D’ailleurs, le bécassier est l’opposé du viandard, il se revendique souvent comme un dandy, cultivé, raffiné ». Je vous laisse juge…

Inutile de vouloir dénicher la bécasse en plat dans les pages du Guide Michelin ou celles du Gault et Millau : ce fin petit gibier est toujours autorisé à la chasse, mais il est en revanche impossible de le servir au restaurant (ou de le négocier à l’étal d’un volailler). Seule et unique façon d’en manger : travailler l’amitié bécassière et se faire inviter par un chasseur qui aura l’idée géniale d’accompagner ce plat par un Châteauneuf-du-Pape.

En effet, la chair de la bécasse est ferme, subtile et puissante en goût… et même « incomparable quand elle est grasse comme lors des toutes premières gelées » (paroles de chasseur !). Pour la rehausser, il faut donc un vin puissant, volumineux en bouche afin qu’il contienne l’intensité de la chair du volatile. Et quel Châteauneuf-du-Pape convient mieux que l’un de ceux produits par le domaine de la Mordorée !

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Ce domaine produit depuis la fin des années 80 quelques-uns des plus grands Châteauneuf-du-Pape de la Vallée du Rhône. Le vignoble compte 60 hectares répartis en une multiplicité de micro-climats. Le travail de la vigne et des sols est basé avant tout sur le respect de la nature et des cultures. Les frères Delorme qui sont les fondateurs de ce domaine, sont des amoureux de la bécasse. Voici d’ailleurs ce qu’ils en disent :

« Passionnés et amoureux de l’oiseau merveilleux qu’est la bécasse, qui nous rend visite du mois d’octobre au mois de mars, nous avons choisi son surnom poétique pour baptiser le domaine « La Mordorée » ; deux autres surnoms : « La Dame Rousse » et « La Reine des Bois » symbolisent les noms de nos deux cuvées qui rendent également hommage à ce volatile. »

Quoi qu’il en soit, avec ou sans bécasse dans votre assiette, goûtez absolument au délicieux Châteauneuf-du-pape « La Reine des Bois » (80% grenache, 10% mourvèdre, 5% syrah, 2.5% counoise, 2.5% vaccarèse) issus de vignes de 60 ans plantées sur un terroir argilosiliceux sur galets roulés (vous savez, cette spécificité géologique issue de l’érosion de la chaîne des Alpes et qui emmagasine la chaleur du soleil la journée pour la restituer la nuit).

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Vous serez emballés par cette robe rubis foncée aux arômes de fruits rouges, de réglisse, de cuir, de truffes, de café, à la bouche longue et tellement concentrée.

Pour quelques euros de plus, tentez la cuvée haut de gamme « Plume de Peintre » (toujours en hommage à la bécasse : la plume du peintre, petite plume pointue en forme de fer de lance, provenait de l’aile de la bécasse et était utilisée au Moyen Age pour réaliser les enluminures), cuvée produite avec de très petits rendements et dans des quantités confidentielles.

Pour quelques euros de moins, foncez sur leur cuvée de Lirac (excellent rapport qualité/prix) !

Illustrations vineuses de la bécasse aux mille surnoms :

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Plus d’infos sur le domaine de la Mordorée : www.domainemordoree.com/

Gare à la vendangette !

Les oiseaux du vin

Le soleil se lève à peine au-dessus du vignoble bourguignon : étrange atmosphère que celle créée par le carrousel invisible des « vendangettes » (grives musiciennes) perdues dans la brume d’octobre. Sans les cris fins et aigus qui emplissent le ciel, qui se douterait de l’arrivée de ces jolies grives issues des populations nordiques ? Ces froissements d’ailes témoignent pourtant des vibrations migratoires qui envahissent la terre à l’automne…

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Le moindre rayon de soleil fait subitement pétiller les braises automnales à la surface des feuilles : le vignoble, il y a peu jaune or, s’est considérablement empourpré et joue les érables canadiens. Il exprime désormais pleinement sa beauté automnale. Une odeur de moût pointe du village blotti dans le creux du coteau orienté vers l’Orient. La brume se dissipe encore à peine sur les pentes des premiers crus de la Haute Côte, lorsqu’à nouveau des sifflements sortent du ciel et s’abattent soudainement sur les ceps de vigne.

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La grive musicienne est friande des raisins oubliés par les vendanges : de là est née la légende viticole des grives saoules pour avoir trop ingéré de raisins mûrs. La grive, une gloutonne alcoolique ? Voici ce qu’en dit Jean-Jacques Brochier dans son Anthologie du Petit Gibier :

« La meilleure est la grive de vigne, ou musicienne, c’est elle qui chante le mieux.

Particulièrement à l’époque des vendanges, quand elle se gorge de raisins bien

mûrs, qui la rendent pompette. De là la légende de ces grives soûles qu’on

poursuivait entre les rangs de vigne et qu’on prenait à la main, ou d’un revers de

casquette, treize à la douzaine. On a lu ça cent fois dans les livres, mais que celui

qui a assisté personnellement à la chose me fasse signe. Je promets de le régaler

d’une fricassée dont il se souviendra. Dans les mêmes livres, on dit aussi que les

grives s’abattaient en si grand nombre sur les ceps qu’il fallait battre le tambour jour

et nuit pour sauver la vendange. »

Entre grives et vendangeurs, lors des premiers frimas de la fin de l’automne, s’engage une partie de cache-cache dont l’ultime enjeu est la récolte des cépages tardifs. Nombre de cuvées rendent ainsi hommage à ce combat : le Morgon « Belles grives » du domaine Duboeuf ou encore le Château du Tariquet et ses cuvées « Les Premières Grives » ou « Les Dernières Grives » pour évoquer ce vin élaboré à partir du raisin récolté en surmaturité et disputé ardemment aux grives…

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André Theuriet (1833-1907) : La grive, Nos oiseaux.

« Voici le mois de fructidor

Le pays est en vendange ;

Les vignobles ont des tons d’or

Mêlés de pourpre et d’orange.

La tête et les sens sont troublés

Par les enivrants effluves

Qu’exhalent les raisons foulés

Dans les pressoirs et les cuves.

Avec des rires tapageurs,

Le long des sentiers de chèvres,

Vendangeuses et vendangeurs

Se baisent à pleines lèvres.

Le bruits sonore et savoureux

De ces galantes agapes

S’unit aux refrains amoureux

Des oiseaux mangeurs de grappes ;

Et la grive, prête de choir

Du cep et tout à fait grise,

Ameute autour de son perchoir

Les geais qu’elle scandalise. »